Les salles de danse en presqu'île de Crozon

Camaret 1954.

Les salles de danse en presqu'île de Crozon furent très nombreuses, plusieurs par communes, tenues par des commerçants qui cherchaient à se diversifier et augmenter leurs chiffres d'affaires. Avant que n'existent ces salles, la danse était traditionnelle et souvent liée à une fête religieuse ensuite vint le temps des arrières-salles des débits de boissons. Par manque de place et parce que la danse était à peu de chose près la seule distraction accessible à la population, des salles exclusivement consacrées aux festivités furent construites.

Il y eut bien sûr les mariages bretons qui par effet de cousinage intense généraient un nombre de convives importants mais il y avait aussi une volonté de la jeunesse d'organiser des fêtes. Entre un mariage traditionnel breton et une fête de jeunesse, le goût de la musique était partagé mais le style en était très différent... De manière abrégée et caricaturée, le bal musette amusait les "vieux", le jazz divertissait les "jeunes"...

Les propriétaires jouaient sur les deux tendances et alternaient les programmations en soirée ou en matinée. La moindre occasion paraissait dans la presse locale : l'annonce d'un bal par ci, un concours de danse par là. Jusqu'alors seuls les hommes avaient le droit de distraction dans l'ivresse de la vinasse des débits de boissons. Les femmes ne sortaient pas du foyer en dehors des cérémonies religieuses ou du travail à l'usine de conserverie si elles y avaient un emploi. La salle de danse fut donc un lieu de libération de la femme avec toutes les expositions à l'alcool et toutes les suspicions de mœurs déliquescentes que ne manquaient pas de relever les esprits chagrins.

Une jeune femme mourut dans des conditions inexpliquées en 1932 après avoir passé une nuit de fête dans une salle de Roscanvel. Dans les heures qui ont suivi, le milieu catholique, élu ou pas, s'insurgea et exigea en mairie que les salles de danse fussent hautement régulées par 4 bals par an au maximum et ceci sous surveillance. La délinquance, les actes d'incivilité, les dépravations masculines faisaient partie des habitudes de vie "nécessaires" aux hommes selon le consentement général. Par contre qu'une femme put être une "traînée furieuse" sans doute imbibée, était inconcevable. Mr Passini, maire de Roscanvel, tint bon, il ne changea pas le rythme des autorisations festives et pour cause, la famille Passini était propriétaire d'une salle de danse qui associait musette avec des accordéonistes réputés, les frères Jean et Hervé le Dem et jazz quand l'heure avait beaucoup tourné.

Il est difficile de répertorier toutes les salles de danse, certaines ont encore un bâti existant. La salle de Venise à Camaret connut le jazz dans les années 30 grâce à des orchestres tels que le Devil-Duval Jazz, le Modern Jazz de Carhaix... Dès 1925, le groupe Devil-Duval Jazz avait défrayé la chronique à Brest. Des curés avaient refusé de communier les musiciens à cause de leurs mauvaises influences sur les paroissiens. Ces derniers dansaient ventre contre ventre. Tout le monde en avait parlé... Il fallait excommunier les jazzmen... Alors les faire venir en presqu'île était un pied de nez à l'église qui souffrait déjà des lois de la laïcité...

Parmi les lieux disparus, La salle de l'Atlantic de Morgat et son fameux plancher si glissant avait reçu un des tout premier orchestre de jazz itinérant en 1929, le Symphonic's jazz de Carhaix pour les fêtes de Pâques de 1929, il fallut oser, on avait osé ! La salle Madec de Trez-Rouz était la plus éclectique dans la programmation des festivités, on y retrouvait bien sûr les groupes musicaux à la mode locale, on y confrontait la valse musette avec les déhanchés jazzy mais il y avait aussi les animations sur la plage, les concours, les prix a gagné pour qui savait se trémousser... Pas de perdants, chacun repartait avec un lot de gratification. Il subsiste quelques vagues souvenirs de Noël 1934 sous la baguette du Maestro Bellec et son orchestre frénétique des Diables Rouges...

Des salles à n'en plus finir... Les salles Battany et Rospars à Lanvéoc... L'Hôtel de l'Océan et la salle de l'Océan, la salle Le Balch, Venise à Camaret... La salle le Gall, la salle le Goff, Passini à Roscanvel...

Les filles s'en donnaient à cœur-joie pour danser le fox-trot, le charleston, et le swing, quelle folie... Que dire du swing sous les sonorités du groupe Léon's Jazz qui savait tant faire fondre les cœurs féminins. A Saint Fiacre, la salle Meillard n'était pas en reste en faisant le spectacle dès l'après-midi jusqu'au lendemain matin. Le Fret connaissait la salle Kermel... Il y avait même des bals-apéritifs à partir de 11 heures le matin.

Certains bals furent adossés à des œuvres caritatives comme celle de la lutte de la si fréquente tuberculose. Cela permit à des jeunes-filles de chanter, de danser ou de jouer la comédie sur scène entre les deux guerres. Une nouveauté culturelle était en marche, la participation non professionnelle de femmes à des spectacles publics nocturnes...

Du jazz oui mais pas seulement, l'orchestre argentin de Brest Héla-Vino-Rossi composé de musiciens gominés ont aussi affolé les Crozonnais avec des rythmes sud-américains.

Après la seconde guerre mondiale, les fêtes reprennent, cependant avec la démocratisation de la radio, du cinéma et bien plus tard de la télévision, les salles ferment progressivement. L'envie de faire la fête chez soi avec un tourne disque semblent prendre le dessus. Viendra enfin la génération boîte de nuit...

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