L'histoire de la Kommandantur de Morgat

La présence d'un abri de défense passive dans chaque jardin était une directive de la kommandantur que la mairie ou l'armée allemande vérifiaient. Les soldats Allemands le faisaient autant pour la sécurité des civils que pour récupérer des matériaux réquisitionnés tels que le métal que les usagers auraient utilisés sans autorisation.

Chaque commune, chaque concentration de population lors de la Seconde Guerre Mondiale est « encadrée » par une kommandantur, un bureau militaire de l'armée allemande. A chaque type de bureau lui correspond un niveau administratif et par voie de conséquence un niveau de responsabilités lui est alloué.

Dès 1940, l'armée allemande réquisitionne des bâtiments civils à sa convenance pour loger les soldats et pour installer cette administration germanique qui a pour but d'imposer à l'administration française toutes les directives de l'occupation.

Morgat n'y échappe pas, une toute récente villa (construction de 1938) est réquisitionnée alors qu'un couple y habite et n'imagine pas devoir déménager de si tôt. Cette maison devient une Außenstelle kommandantur – une annexe de la Ortskommandantur de Crozon.

Cette structure est le plus bas échelon administratif et ne tient qu'un rôle d'application des directives qui émanent de Châteaulin ( Kreiskommandantur 733 ) pour les affaires courantes et de Quimper ( Feldkommandantur 752 ) pour les affaires de police et de guerre.

Dans les premiers temps, dans les Außenstelles on y rencontre des soldats « binoclards », ce ne sont pas des foudres de guerre mais des agents administratifs aux conditions physiques insuffisantes pour prétendre entrer dans une unité d'élite. Sage résolution qui convient parfaitement à ces pères de famille qui sont persuadés de rentrer chez eux dans quelques mois puisque la guerre est gagnée et qu'une fois l'administration française suffisamment collaborative, leurs présences deviendront inutiles.

A cette époque, les autorités allemandes ne s'opposent pas aux flux des touristes, bien au contraire, cela donne l'impression aux Morgatois, comme partout ailleurs, que rien a changé en France et que cette présence militaire met de l'ordre dans le pays. Cette idée ne déplaît pas à tous les Français.

Apparente normalité qui va vite s'écorner dès août 1940, mois durant lequel les débitants de boisson (aujourd'hui les bars) sont contraints de fermer à 22 heures. Les hôtels et pensions de famille à 23 heures. Le stationnement en bord de mer est interdit hors zones sous contrôle, la navigation maritime est interdite, etc... Un touriste est donc contraint de ne rien faire... Pas même de faire des photos dans certaines situations.

Le touriste devient rapidement indésirable car il est suspecté d'être un agent de renseignement. Ce qui parfois s'avère réel.

La kommandantur de Morgat surveille les allées et venues des personnes mais aussi les véhicules afin de les comptabiliser dans des registres en y mentionnant les caractéristiques techniques, afin aussi d'en vérifier l'activité réelle et de les tenir prêts à la réquisition.

Les bordereaux des réquisitions émanant de la kommandantur de Châteaulin sont basés sur les statistiques mensuelles établies par les kommandanturs locales. En ce qui concerne Morgat, les militaires parcourent la localité pour répertorier la production de lait, de beurre, de blé, pour compter le bétail, les chevaux, le matériel agricole, estimer le poids de la ferraille, etc.

Chaque Morgatois est sommé de construire un abri aux bombes dans son jardin avec les moyens du bord, c'est à dire pas grand chose puisque le métal est réquisitionné et le bois de qualité est rare. Une simple fosse vaguement recouverte de bric et de broc constitue un élément de défense passive de la commune. En presqu'île, c'est partout pareil... Les Allemands l'imposent et demandent aux mairies de ne pas transiger avec les habitants sous peine d'amendes dispendieuses.

Des fiches de renseignements sont rédigées pour apprécier les attitudes des personnes. Les gens susceptibles d'aider le Reich ont de petits avantages, les éventuels réfractaires sont fichés dangereux et susceptibles d'être arrêtés pour des motifs anodins afin de passer à Quimper, d'y être interrogés, emprisonnés si nécessaire sur simple décision administrative.

A la kommandantur de Morgat quelques habitants viennent se plaindre des réquisitions, mais aussi de leur voisin pour un problème de clôture par exemple et espère trouver une écoute qu'ils ne trouvent pas en Mairie de Crozon. La moindre démarche provoque un rapport dactylographié et dupliqué aux feuilles de papier carbone. Les autorités allemandes sont très heureuses de recevoir ces complaintes car il y a toujours des renseignements à glaner sur les personnes civiles. Par les médisances, des informations remontent et amènent parfois des dénonciations de supposés résistants. Malheureusement ou heureusement, nombreux sont les Morgatois qui parlent mal le français, le breton, bien qu'interdit, reste leur langue maternelle. Les kommandanturs publient des avis incessants pour que les réclamations soient rédigées en allemand !

La guerre ne se dessine pas comme prévu, les états majors de la Wehrmacht ont besoin de nouvelles troupes pour faire face aux différents fronts, l'Afrique, la Russie, etc. Progressivement le personnel des kommandanturs à tous les échelons est réduit. L'annexe de Morgat est privée de son personnel et n'est plus en mesure de faire son travail de police. Tout est concentré à Crozon qui subira aussi des restrictions de personnel. Une présence nazie se fait plus agressive, une aide collaborationniste aussi, la crispation s’accroît. Le climat devient délétère. Le temps des « binoclards » est achevé. D'un côté la tyrannie ambiante, permanente, de l'armée d'occupation qui devient anxieuse et souhaite toujours cultiver une image d'infaillibilité face à la population qui renâcle et de l'autre des militaires Allemands qui recherchent des divertissements pour tenter d'oublier l'enlisement qu'ils vivent. La municipalité de Brest est officiellement priée par la kommandantur de Châteaulin de fournir des auxiliaires féminines (termes officiels) en différents lieux où la présence militaire allemande séjourne et se repose. L'hôtel Moderne de Crozon s'en trouve « équipé », la villa réquisitionnée aussi comme d'autres lieux en presqu'île de Crozon.

La villa devient un lieu de toutes les ivresses germaniques que les voisins parfois réprouvent par le boucan que font certains soldats quand ils tentent de revenir à leur poste de combat au cours de la nuit. Certaines plaintes aboutissent à des sanctions à l'encontre des soldats fautifs sans pour autant que ne soit publiée la teneur des punitions. Par contre les soldats Russes blancs (tsaristes anticommunistes) et les soldats Ukrainiens (pro nationalistes – nazis), incorporés dans la Wehrmacht, les plus pervertis, bénéficient d'une clémence évidente. L'armée allemande craint un retournement de ces hommes désespérés qui savent qu'ils ne pourront pas revenir au pays, ce sont des bannis. Ils sont prêts à toutes les agressions des habitants sans pour autant être des combattants au service de l'Allemagne. La désertion les tente. Quelques uns d'entre-eux ont rejoint la résistance comme le réseau de Spézet qui agit aux portes de la presqu'île et qui entretient des liens avec la résistance de Morgat.

Il est aussi fini le temps des heures d'équitation des officiers Allemands sur la plage de Morgat qui se dégrisaient ainsi d'une nuit agitée, la plage est désormais encombrée de tous les matériels antidébarquements minés. Un nouveau blockhaus est prévu en construction au cœur de Morgat sur le rivage, bien en avant de la villa devenue un îlot d’insouciance pour soldats en attente de leur sort. Le chantier ne sera jamais entamé par manque de temps.

Le 22 août 1944, le maire de Crozon accompagné de quelques soldats Allemands viennent prévenir les Morgatois que des bombardements intensifs vont survenir prochainement, la commune doit être évacuée sur le champ. La grande majorité des habitants s'expatrient dans les fermes et dans les agglomérations moins menacées. Le 3 septembre, une myriade de bombardiers américains survolent la presqu'île de Crozon et sans aucun discernement larguent des centaines de bombes qui pulvérisent leur propre troupe à Telgruc ainsi que les Telgruciens, puis c'est le tour de Morgat dont toute la côte est dévastée, le port et les embarcations sont détruits, des villas sont ruinées. Malgré l'évacuation il y a des victimes civiles et des soldats Allemands.

Le lundi 18 septembre 1944 Morgat est libéré, le couple va retrouver sa maison en piteux état. Des déchets jonchent les sols autant dans le jardin que dans les pièces de vie; un masque à gaz cotoie un tube de dentifrice... Des SS abandonnent leurs médailles militaires afin de ne pas être perçus par les soldats Américains qui arrivent comme une élite combattante. La crainte d'être fusillés angoissent ces hommes qui ont pratiqué la terreur avec délectation. La roue tourne, cependant il n'y aura pas de représailles américaines connues. Quelques Français maltraitèrent des soldats Allemands prisonniers. La haine avait débordé, il n'y eut aucune suite judiciaire.

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Rencontre : vie privée des goélands




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