Les villas de la réquisition de la seconde guerre mondiale

Un officier de la Luftwaffe, l'armée de l'air allemande, lors de la seconde guerre mondiale a pris des photos de son logement afin de les envoyer à sa famille en Allemagne. Cet aviateur, quand il n'était pas de service à la base de Lanvéoc Poulmic - Brest Sud, prenait ses quartiers dans une villa de Morgat. Les photos ne mentionnent pas le nom de la villa occupée. La guerre vue dans un tel confort fut tout à fait supportable voire agréable pour des militaires qui pensaient n'être que de passage en Presqu'île de Crozon avant de rentrer chez eux comme les héros d'une guerre sans combat.

Les logements occupés sont la conséquence de réquisitions décrétées par l'administration de l'armée d'occupation par le biais d'ordres sur bordereaux signés par le chef de la kommandantur. Contestation du propriétaire impossible sous peine d'emprisonnement à Quimper, voire pire en cas de violence. Par contre des dédommagements sont largement versés au début de la guerre. Avec le temps, les versements sont plus aléatoires, les fonds manquent. Les officiers occupent les villas, les manoirs, etc. Les sous-officiers les rez-de-chaussées de maisons. La troupe occupe les écoles, les fermes, les casernements... Il y a des dégradations importantes parfois. Les meubles sont sortis dans la cour d'une ferme pour être transformés en mobilier de jardin. Progressivement, le bois de chauffe manque, les planchers et le mobilier sont consommés comme bois de chauffage. Les beuveries de certains soirs n'arrangent pas le décor.

Il ne faut cependant pas généraliser, certains occupants ont eu un comportement raisonnable et amical avec la population. Quelques cas d'amitiés réciproques améliorent l'image détestable de cette armée brutale. Une anecdote reflète la complexité des rapports entre la population terrorisée et leurs geôliers. Trois soldats Allemands occupent une ferme. La cohabitation est tendue, la nourriture manque pour tout le monde. Un jour enfin, les Allemands annoncent leur départ, ils sont atterrés. Ils vont sur le front russe. Avant de partir, l'épouse du fermier leur propose une collation avec de la nourriture cachée et des verres d'alcool. Elle lance à la famille : « On ne va pas les laisser partir comme cela tout de même ! »

Les photos ci-dessus de la villa portent à leur dos la mention QG Lanvéoc-Poulmic. Le QG du Poulmic a logé, par exemple, quelques temps à Camaret, dont une villa de Kerbonn. Le site étant exposé aux bombardements, un déménagement s'en est suivi.

La Kommandantur avait un dossier sur chaque villa réquisitionnée comportant le descriptif mais aussi une analyse comportementale des propriétaires expulsés ou tolérés sur place selon les cas. Outre les troupes présentes, les administratifs, les jeunesses hitlériennes en stage de combat, les personnels techniques, sanitaires, interprètes, etc, il fallait suffisamment de logements vaccants pour accueillir des permissionnaires venus du front de l'Est. Des soldats de tous les grades mis à l'isolement pour ne pas qu'ils communiquent le moindre défaitisme à propos de la déroute en Russie. Confort assuré en fonction du grade.

Roz-Avel réquisitionnée par la kommandantur de Morgat à disposition de la base de Lanvéoc-Poulmic pour y loger un aviateur. Les escadrilles ayant été souvent réaffectées voire dissoutes et refondues dans d'autres unités en France ou en Russie, il s'agissait d'un logement provisoire d'agrément.

En dehors des missions de combats sur la côte Sud de l'Angleterre, des missions de surveillance de la navigation maritime dans l'Atlantique Nord sans escorte, la vie à terre fut princière pour les pilotes allemands.

La villa est construite quelques années avant guerre pour un exploitant de carrière brestois, Adolphe Corre qui veut aussi faire partie des familles aisées disposant d'une villégiature morgatoise dans le quartier chic Peugeot. Les plans sont de Gaston Chabal, une fois de plus...

La station balnéaire de Morgat fut très convoitée par les officiers, il suffisait qu'ils passent dans la rue et voient une demeure qui leur parut agréable, pour qu'ils enregistrent une demande à leur kommandantur. Ce bureau éditait un ordre de réquisition à la mairie. Le maire ou un adjoint prévenait le propriétaire qui se devait d'obtempérer.

La kommandantur elle-même envoyait un sous-officier administratif dans le secteur pour enquêter sur les occupations de logement, les nouveaux venus réfugiés, familiers ou espions ? Il y avait enquête sur les départs pour savoir s'il ne se cachait pas un fait de résistance.

Toutes ces informations faisaient l'objet de fiches classées par ordre d'importance. L'info remontait à la kommandantur de Châteaulin qui décidait s'il devait y avoir un approfondissement, un classement ou une poursuite judiciaire menée à Quimper.

D'autres cas de réquisition furent bien plus litigieux et émanaient de suggestion de personnes favorables à l'occupant ou conscientes d’opportunités de nuisance envers les propriétaires expulsables. Des fermiers rivaux pouvaient faire savoir que le voisin avait une longère vacante. La présence d'Allemands dans une ferme ralentissait l'activité ce qui était tout bénéfice pour celui qui évitait l'intrusion des indésirables. Un propriétaire apprécié par les autorités allemandes pouvait éviter une réquisition immobilière en échange de d'autres réquisitions matérielles ou de personnels. Offrir les service d'une bonne à un officier Allemand était considéré comme un geste d'adhésion au nouvel ordre germanique.

Les premiers retards à la réquisition étaient verbalisés par la mairie par des procès-verbaux acquittables par les propriétaires récalcitrants. La mairie était elle-même verbalisée par la kommandantur par une amende plus élevée encore. En cas de refus persistant, le propriétaire pouvait être arrêté ainsi que le maire.

Le propriétaire devait faire les démarches administratives à un bureau spécifique en préfecture qui enregistrait la demande d'indemnisation... Indemnisation qualifiée de raisonnable payée par l'état français au titre d'effort de guerre.

Les dégradations de fin de guerre ont été mal indemnisées, l'armée allemande en déroute n'avait plus le souci d'une administration à jour.

Avoir un soldat inconnu qui ne parle pas ou mal le français dans son salon est une épreuve de soumission. Les habitants parlent breton pour communiquer les choses délicates, cela a le don d'énerver le germain. Sinon aussi placide soit-il, cet homme, sur ordre ou pas, peut abattre ses hôtes ou demander à ce qu'ils soient arrêtés pour de simples soupçons de contestation envers l'occupation allemande. La tension peut être tenace quand la nourriture manque vraiment et que l'occupant mange mieux que l'occupé. Quand l'occupant ne mange pas à sa faim, l'occupé est menacé de rétorsion s'il ne parvient pas à combiner quelques provisions de bouche issues du marché noir condamné officiellement et très bien digéré par les soldats qui ont faim et soif tous les jours. Progressivement l'atmosphère se dégrade. Perdre la guerre devient une évidence pour le locataire qui a peur d'être égorgé dans son lit par un propriétaire patriote.

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