Les postes de télémétrie de l'armée française en Roscanvel

La pointe des Espagnols. En fond le port de Brest. En bas à gauche, le toit d'un poste d'observation qui fut dans un premier temps un poste télémétrique Audouard avant de devenir un poste d'observation. Celui le plus au Nord du dispositif de Roscanvel qui en comptait 11.

Les postes de télémétrie de l'armée française conçus pour recevoir un télémètre Audouard appliquaient un plan identique et furent construits vers 1880. La pièce unique faisait 3m x 3m et l'épaisseur des murs était de 0.40cm. Certains furent abandonnés en l'état, d'autres furent modifiés et aménagés en poste d'observation des batteries côtières de leurs voisinages respectifs. Les canons étant plus autonomes dans leurs calculs de tir, la télémétrie étant devenue plus perfectionnée la réorganisation fut impérative. Les promeneurs voient aujourd'hui des petits bâtis ruinés sur la côte occidentale de la presqu'île de Roscanvel sur les falaises.
Les carrés noirs représentés sur le plan correspondent aux pieds de la table fixe qui portait la carte marine de l'approche de Brest et le télémètre Audouard.

Aucun des vestiges des postes Audouard en Roscanvel n'a conservé sa coupole en tôle galvanisée dans son intégralité. Les postes eux-mêmes étaient enfouis aux deux tiers de leur hauteur environ. Bien que construits sur un même plan, de petites variantes sont apparues tel que l'emplacement de la porte d'entrée, soit sur le côté, soit à l'arrière. La préconisation était de disposer de végétaux autour du poste en tant que camouflage.

Le plan ci-dessus place la porte sur le mur droit. La table de télémétrie avec ses 3 lourds pieds fixes en briques recevait une carte locale sur laquelle les repères du télémètre (non représenté) donnaient les positions évolutives des navires ennemis avant d'être communiquées aux batteries.

Le poste de télémétrie avec le télémètre Audouard en position de service.

Le poste disposait donc d'un toit en semi-coupole en acier galavanisé ainsi qu'une porte métallique elle-même galvanisée. L'escalier d'accès en granit change de position à chaque configuration du poste télémétrique.





Illustration du télémètre Audouard dans un poste télémétrique type dont plusieurs vestiges sont encore visibles sur la côte Ouest de Roscanvel. La 3ème image représente le poste volets métalliques fermés en période de non utilisation du télémètre.

A la fin du 19ème siècle, les capacités d'artillerie des armées augmentent considérablement et réclament un développement constant des appareils de mesure qui permettent d'ajuster le tir sur la cible. Des officiers d'artilleries se penchent sur l'amélioration des capacités des télémètres pour en améliorer le degré d'exactitude et la facilité d'usage sachant que la cible est mouvante.

Les télémètres de l'époque ont une zone d'exactitude c'est à dire une distance minimale et maximale d'utilisation. Hors zone, les calculs sont erronés. Les télémétristes doivent donc accumuler les mesures durant la traversée de la zone critique et la batterie de canons doit exécuter les tirs pendant cette période.

Les premiers tirs épars sont ceux d'approche et les tirs de salve suivent quand la cible est approchée. L'armée dispose de plusieurs types de télémètre en fonction de la topographie du terrain.

Le télémètre Audouard appartient à la catégorie des télémètres à dépression. Sa compacité est son principal atout avec un gain de précision par rapport aux télémètres de la génération précédente. Il s'insère dans des postes de télémétrie réduits, reconnus économiques.

Le télémètre Audouard, du nom de son concepteur, est idéal pour l'artillerie de côte à la condition que le télémètre soit très élevé par rapport au niveau de la mer. Ceci impose de l'installer sur le sommet d'une falaise. Ce n'est donc pas une surprise de découvrir des vestiges de postes de télémétrie pour télémètre Audouard sur les falaises occidentales de Roscanvel là où de nombreuses batteries côtières ont été installées pour la défense du Goulet de Brest.

Le télémètre à dépression est posé sur une table qui reçoit la carte marine du lieu de surveillance du télémètre. La lunette grossissante détermine l'angle entre le ligne de flottaison du navire ennemi et la ligne d'horizon derrière lui. Le réglage en continu de l'appareil permet à la pointe repère de survoler la carte. Les télémétristes dessinent alors la trajectoire du navire.

La mise en œuvre des batteries étant lente, le commandant de feu* qui a reçu les données par timbre sonores ou téléphone (selon les époques) utilise un abaque des inclinaisons (graphique) pour déterminer les angles de pointage qu'il communique aux chefs de pièce. Néanmoins, il doit transmettre non pas la position du moment mais la position du navire dans 1 minute (environ) afin que les artilleurs soient synchrones. Seul le commandant de batterie est habilité à déterminer si le navire ennemi est enfin entré dans la ligne de feu et ainsi ordonner le feu lui-même.

Progressivement, l'évolution technique des canons va permettre d'intégrer à ceux-ci un cran de mire réglable par degré. Ce cran rectifie le pointage à partir de la hausse de la pièce et anticipe sans calcul les effets de trajectoire de la cible en mouvement. Désormais le commandant de batterie s'exclame « Attention » quand le navire entre dans la ligne de feu sans donner l'ordre de tir qui se fait au choix des chefs de pièce.

L'armée française fait une démonstration de force maritime à partir des batteries côtières les 10 et 11 février 1899 entre les forts de Boulogne et de Calais. Certaines rumeurs passent la Manche, l'état major britannique est intrigué. Des déclarations de l'amirauté à la presse précisent qu'il s'agissait d'exercices afin de tester le télémètre Audouard qui s'avère offrir les meilleures statistiques de réussite quant au suivi d'une cible mouvante sur la mer afin de guider les tirs de l'artillerie côtière. Une déclaration du porte-parole français marque les esprits : "Le premier tir est tiré dans n'importe quelle direction et le second atteint infailliblement le but". La presse internationale s'empare de l'information et des entrefilets sont publiés dans les mois qui ont suivi.

Ces exercices avaient été exigés par le ministre de la marine le 23 janvier 1899. L'instruction ministérielle recommande que des écoles à feu de côte soient exécutées partout en France où cela est possible pour que les élèves officiers de la marine aient une instruction sur la méthode des tirs de plein fouet calculée par le télémètre Audouard. L'école navale de Brest reçoit des allocations supplémentaires pour que les exercices de forcement du Goulet soient l'occasion de mettre en pratique la réussite de l'artillerie côtière française en un point stratégique afin de faire savoir aux Anglais qu'aucun débarquement n'est envisageable. La force de dissuasion de la France est ainsi démontrée après la crise de Fachoda. Un vaste besoin de rassurer la Marine française qui garde un mauvais souvenir de Trafalgar...

Le télémètre Audouard fut en service jusque la Première Guerre Mondiale et fut concurrencé par des télémètres de conception voisine : les télémètres Névé et Deport (plus ancien) par exemple. Son obsolescence mettra fin à son usage. Un usage adapté et modifié fut envisagé dans la chasse sous-marine des submersibles sans réelles suites semble t-il.

La société Dumoulin-Froment, Doignon de Paris, fondée en 1844, dont le siège était au 85 Rue Notre-Dame-des-Champs, Paris (1898) a fabriqué le télémètre Audouard qui fut présenté à l'exposition Universelle de 1900 à Paris. L'un des fondateurs de la société fut Paul-Gustave Froment né à Paris le 3 mars 1815 et mort à Paris le 10 février 1865. L'un des successeurs fut M. Dumoulin-Froment en 1890 qui s'associa en 1894 à L. Doignon. Les ateliers Abel Louis Doignon - Anciens Ateliers Froment S.A. se situait au 17 Rue Hoche, Malakoff (1936). Louis Doignon fut le dernier successeur.



***

Présentation du dossier Audouard

Etienne Prosper Audouard

Le télémètre Audouard

La fin des télémètres Audouard aux manoeuvres de 1898

Les postes télémétriques du Nord au Sud

• Pointe des Espagnols, batterie de rupture casematée

• Pourjoint, batterie de rupture casematée : le poste est enseveli par les ronces.

• Batterie de 320 mm du ravin du Stiff

• Fort Robert, batterie casematée

• Fort Robert, batterie haute

• Fort de Cornouailles, batterie casematée

• Kerviniou, batterie de 240 mm et poste commande projecteurs

• Fort des Capucins, batterie haute 320 mm

• Fort des Capucins, batterie haute de 240 mm

• Fort des Capucins, batterie casematée

• Fort des Capucins, batterie de mortiers

Recherches

Note sur les instruments et méthodes de tir de l'artillerie coloniale - Service de l'Artillerie dans la défense des côtes
Editeur : EAAG
Nombre de pages : 15
Parution : 1900
COURS D'ARTILLERIE
Service de l'Artillerie dans la défense des côtes.
Ecole d'application de l'artillerie et du génie.
Le Télémètre Audouard, description, tableau de résultats de tirs, et croquis dépliant du télémètre.
Format 19cm x 24cm

Peut-être disposez-vous d'un exemplaire de ce livre, n'hésitez pas à le faire savoir afin de compléter la documentation de la rubrique Audouard. Achat possible. Une adresse e-mail en bas de page est à votre disposition. A défaut de cet ouvrage, tous les renseignements sont les bienvenus. D'avance merci.

*Le commandant de feu ordonne aux positionnements et aux chargements des pièces.




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