Le camp de prisonniers de l'Île Longue 1914-1919



Le cachet de la censure de la préfecture de Quimper apposé avant l'envoi du courrier du prisonnier.



Hanz Eisenschultz interné civil du groupe 39 de l'Île Longue écrit une carte postale à Konrad Reuschel au 134 Catherine Street à Bridgeport Town (Connecticut) aux Etats Unis le 27 mars 1918.



Dès le début de la première guerre mondiale le problème des prisonniers civils se pose. Qui sont-ils ? Des hommes et des femmes (Allemands, Autrichiens, Hongrois, Turcs pour l'essentiel) de toutes les conditions sociales qui sont susceptibles de participer à l'effort de guerre germanique à l'encontre des intérêts français alors qu'ils sont résidents ou en transit sur le territoire. Les hommes sont soupçonnés d'être des réservistes, ce qui est le cas pour certains d'entre-eux.

La presqu'île de Crozon devient un centre de rétention entre les forts de Landaoudec, Crozon, Lanvéoc et le vague casernement de Trébéron ainsi que le camp de l'Île Longue de loin le plus important. Des bâtiments militaires à l'abandon sans réelles utilités stratégiques. Quelques navires déclassés font aussi office de pontons à prisonniers tel que le Charles Martel.

Les paquebots neutres (Nieuw Amsterdam, Tubantia...) sont détournés par la marine française aux aguets. Les civils de nationalité ennemie sont menés, pour part, à l'Île Longue sur laquelle ils sont invités à construire leurs propres baraquements.

Viendront s'ajouter des prisonniers militaires qui transformeront le camp civil en camp de prisonniers de guerre sous la surveillance du 87ème Régiment Territorial sous le commandement du Chef d'Escadron Alleau.

Camp de rigueur à l'emploi du temps minuté mais disposant d'une activité musicale, théâtrale, sportive, artistique... Ainsi que la possibilité de faire parvenir du courrier à l'extérieur sous la censure de la préfecture de Quimper.

Le camp redevient exclusivement civil à l'été 1916 avec une nette diminution de la troupe de garde qui est envoyée au front. Les restrictions apparaissent au plus fort de la guerre sans pour autant atteindre l'intégrité des internés civils.

Les derniers prisonniers quittent progressivement le camp fin 1919 reconduits par voie maritime en Allemagne.

En 1920, les baraquements encore réutilisables sont vendus aux enchères par l'armée. L'un deux se trouve aujourd'hui aux anciens chantiers navals Stipon au Fret.

Le camp de l'Île Longue accueille médecins de renom, députés futurs ministres, cinéastes, peintres, dramaturges pour les plus émérites. Journalistes, commerçants, ingénieurs... Ils ont été capturés sur des paquebots, des voiliers proches des côtes françaises. Certains vivaient en France comme des citoyens ordinaires.

Il y a aussi quelques futurs nazis de la prochaine guerre mondiale dont Fritz Sauckel responsable de nombreuses déportations et criminel de guerre de haut rang condamné à mort par pendaison en 1946 au procés de Nuremberg. Il fut arrêté naviguant comme matelot à 20 ans avec sept autres marins sur le voilier privé «Frieda Mahn», en Manche, le 8 août 1914, par le contre-torpilleur «La Rapière».

Plusieurs publications sont autorisées dans le camp telles que «Die Insel-Woche», «Festzeitung», «Die Kehrseite», «Inselstimme». Ce sont des revues rédigées et illustrées par les prisonniers qui titillent la censure et qui se voient interdites puis, parce que le camp est sous surveillance de la Croix Rouge et d'instances internationales, une nouvelle autorisation est offerte par les autorités françaises. Vaille que vaille, le camp aura toujours une publication sans jamais obtenir l'autorisation d'envoyer des exemplaires aux familles.

Affiche de l'opérette du Cheval Blanc interprétée fin 1917 au camp.

Il y avait un théâtre, des conférences, des cours d'enseignement général ou thématique (mathémathique, langues étrangères, géographie, géologie)... 4 clubs de football avec des tournois fréquents. 3 clubs de hockey sur gazon. Chaque club avaient plusieurs équipes de différents niveaux. Une vie loin du front. Chaque prisonnier est fiché. Quelques contestations feront l'objet de rapports administratifs, de notes de service jusqu'au ministre concerné... Certains prisonniers passent de camp en camp et font "un tour de la France"...

Le camp a vu passer 5300 prisonniers environ... Il compta 30 décès dont 15 pour cause de grippe espagnole de 1918-1919.

Parmi les derniers détenus à être libérés, les 435 passagers du paquebot du « Nieuw Amsterdam » fin novembre 1919. Ces hommes ont peut-être sauvé leur vie en étant prisonniers.

Le camp ferme le 31 décembre 1919 et aura connu quelques évasions y compris quelques temps avant sa fermeture, alors que les lieux sont presque vides et la garde réduite à quelques hommes. La guerre est finie depuis un an mais les accords de Berne (26 avril 1918) pour les échanges de prisonniers civils entre la France et l'Allemagne prennent du temps à l'application.

Construction du camp de prisonniers de l'Île Longue

La région militaire de Brest doit prendre son lot "d'ennemis potentiels". Les locaux disponibles sont rares et de faible contenance au vu de l'afflux. L'Ile Longue est à l'écart et déjà partiellement un terrain militaire grâce à la présence d'un fort et de deux batteries. 159 habitants dispersés sur plusieurs hameaux vivent sur cette presqu'île. L'armée achète environ 7.5 hectares pour construire un camp "en urgence".

Il n'est pas pensable de construire en maçonnerie pas plus qu'il n'est envisageable de faire loger sous tente des milliers d'internés (5300 au total sur la période de guerre). La solution technique utilisée est le baraquement en bois avec des couvertures de papiers bitumés. Le papier goudronné du toit est une production, pour l'essentiel, de la cartonnerie Hyde du Petit-Quevilly qui a livré 1 million de m² en 1917. Ces baraquements construits par centaines de milliers à l'arrière du front sont à l'usage d'hébergements, d'hôpitaux, de cuisines, de sanitaires, de réserves d'intendance, de chapelles... Comme cela va être le cas sur l'Ile Longue.

Le baraquement militaire est un marché considérable qui intéresse bon nombre d'entreprises du bois : Bernardeau, Suarce, Collet, Hautecœur, Fender, Humphreys, Gounot, Vitry, Veuve Monfils... L'armée n'a que l'embarras du choix tant les procédés, les plans proposés sont variés. L'armée jusqu'ici privilégiait des baraquements à ossature métallique repérées en 1885 dans les expositions industrielles. Cette fois le fer étant autrement précieux pour l'armement, le bois est requis sous un emploi démontable car le front est sensé bouger et les baraquements tout autant.

Trois procédés vont dominer la construction. Le procédé anglais Nissen à 150 000 exemplaires, le procédé Adrian en 100 000 exemplaires et un procédé émanent du Génie militaire. Caractéristiques communes : la rapidité du montage, soit en deux jours, par 12 hommes d'après une livraison par 5 camions en ce qui concerne le modèle Adrian du nom de son inventeur. Ce modèle est construit à 8 exemplaires au tout nouveau camp sur chape en béton, un luxe (32m x 6.10m pour 60 hommes).72 autres sont un modèle normalisé du Génie (24m x 5.70m pour 40 hommes) sur plancher et vide sanitaire. Il faut encore ajouter des hangars du séchage du linge, des cuisines, des cantines, etc. Le principe retenu est une construction a base de planches triplées, visées, boulonnées selon le principe du lamelé-collé actuel pour certaines pièces de bois évitant ainsi des manutentions lourdes nécessitant des appareils de levage. Les empattements des baraques éloignent le ruissellement de la pluie. Les scieries des régions doivent fournir des pièces de bois sur mesure et en grandes quantités. Le tout est monté avec le minimum d'outils pour éviter qu'ils ne deviennent des armes.

Les prisonniers reçoivent l'aide d'éléments du Génie qui supervisent la livraison et la construction à partir d'un plan papier. Le camp est entouré de barbelés sur une hauteur de deux mètres en deux rangs parallèles pour permettre un chemin de ronde. Le contingent de garde vit aussi dans 4 baraquements accolés au camp et au terrain de sport. L'eau douce est issue de pompages de Saint Fiacre qui constitue une prouesse technique pour une alimentation distante de plusieurs kilomètres à une époque où l'eau courante n'existe pas en presqu'île de Crozon.

Le camp de prisonniers civils et militaires de l'Ile Longue comptait des aménagements complémentaires du site ci-dessous.

Le Fort et la batterie sont désaffectés.
1 & 2 - infirmeries.
3 & 4 - prisons.
5 - poste de police.
6 - réserve dont celle du bois.
7 - réserve de charbon et bureau de poste.
8 - soute à munitions.

Courrier du fort de Lanvéoc

Courrier du fort de Crozon

Courrier du camp de Camaret

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