Stratégie de défense et de dissuasion du port de guerre de Brest par les batteries côtières

De toutes les époques militarisées, Brest fut le refuge d'une escadre de marine et d'une escadre de réserve en certaines périodes (Landévennec). La rade met à l'abri, les navires de la marine nationale. Une rade qui protège naturellement mais qui peut aussi être un piège mortel si le goulet d'accès est fermé (blocus) ou forcé.

La Presqu'île de Crozon est partie intégrante de la défense de Brest jusqu'au point de rattacher la presqu'île de Roscanvel directement au commandement de Brest. Dispositif (Brest-Sud) repris par l'armée d'occupation allemande lors de la seconde guerre mondiale. En survolant le système défensif et donc le développement des batteries côtières à travers les siècles, les mêmes faiblesses apparaissent jusqu'à ce que le port de Brest soit relégué au second rang à une époque moderne.

L'accumulation et le renouvellement des canons toujours avec une puissance supérieure par rapport à la génération précédente se fait tardivement par manque de crédits et surtout se fait en l'absence d'artilleurs. Les canons hérissés sur la côte rouillent à vue d’œil en temps de paix faute de moyens humains pour les entretenir. L'armée n'a pas la capacité de cantonner une troupe décente en permanence sur toute la côte française. Du temps de Vauban, la population civile est recrutée pour surveiller le dispositif et faire le coup de sang en cas d'intrusion ennemie grâce à des milices en sabots.

Ensuite les batteries sont sous la surveillance d'un gardien qui habite dans une maison de proximité.

Les militaires viennent de temps en temps exécuter des exercices de tir dont les cibles sont des rochers, parfois des navires cibles... Rien qui ne corresponde à une situation de guerre. Régulièrement des commissions d'inspection souvent venues de Paris proposent d'améliorer la performance de la défense maritime. Les nouveautés matérielles prévues finissent toujours par enrichir les marchands de canon tel que Schneider mais si l'on prévoit large d'un point de vue matériel, du point de vue humain, formation, compétence, cohésion et commandement rien n'avance. Sous certaines gouvernances, nul ne sut qui commanda le dispositif de Brest. Ponctuellement, chaque unité eut son chef, mais ce chef qui le commanda ? L'armée de terre ? La Marine ? Curieusement, ce cafouillis hiérarchique, l'armée allemande le reproduisit durant l'occupation.

Caricature du ministre de la Marine.

M. Lockroy, ministre de la Marine en 1898, a donné en ces termes ses impressions sur son voyage à Brest lors des mémorables manœuvres du mois d'août : « J'ai trouvé à Brest un personnel combattant admirable et dont je ne saurais assez faire l'éloge et qu'on peut considérer avec fierté comme le premier du monde : officiers aussi bien que marins. Mais à côté de cela j’ai constaté un manque de méthode, un manque d'organisation, un manque d’unité dans l'emploi des moyens. L'absence, en un mot, de politique maritime qui paralyse les efforts du personnel. La rade de Brest est très bien armée en batteries et en canons, bien que l’armement ne soit pas encore complet. Il manque encore au matériel un certain nombre de pièces pour rendre la place inexpugnable. Mais ce qui manque surtout, ce sont les hommes pour armer ces batteries; il en est de même à Cherbourg. En l’état actuel des choses, c’est à peine s’il y a un tiers des batteries qui pourront, en temps de guerre, servir utilement. Pour mener à bonne fin toutes ces réformes j'aurai les fonds suffisants avec les 260 millions votés, sur ma proposition, l'année dernière et répartis sur plusieurs exercices. J'ajouterai que dans nos ports de l’Océan j'ai constaté que les défenses mobiles ne sont pas suffisamment fortes et qu’il convient d'augmenter le tonnage de nos torpilleurs. Il ne suffira pas seulement de créer des points d’appui, mais il faudra réfectionner nos navires de combat dont les défauts ont besoin d’être corrigés. Il faudra enfin une plus judicieuse distribution des forces sur notre littoral ; il faudra remanier de fond en comble la constitution de nos escadres qui manque de cohésion. Tout cela sera chose faite... »

Tout est formidable mais inutilisable en somme. L'analyse du ministre est pertinente et eut pu être dévoilée depuis les origines des canons de côte jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Chaque engagement gouvernemental à vouloir améliorer les choses proposa de nouvelles nominations parfois sous l'appellation de nouvelles dénominations de fonctions ingérables en temps de guerre. Les trois armes, air, terre, marine étant effectives sur le terrain, la coordination optimale ne fut jamais atteinte. La seconde guerre mondiale, seule épreuve du feu d'ampleur majeure s’entama par une reddition sans conditions et le sabordage du matériel autant que cela fut possible.

Le ministre fait mention des troupes mobiles qui ont toujours eu tendance à être immobile par le manque d'effectif et le manque de moyens de transport. Cette troupe éparse devait contrarier un débarquement de militaires envisagé à Morgat et sur les plages plus à l'Est. La presqu'île de Crozon accueillit régulièrement des régiments régionaux pour des manœuvres terrestres pour empêcher l'ennemi de prendre pied sur le sol de Crozon et venir se présenter devant les lignes de Quélern avant de forcer celles-ci, pour enfin prendre la Pointe des Espagnols et paralyser ainsi Brest. Une ligne oblique de forts de Lanvéoc à Morgat devait faire barrage... Une sorte de ligne Maginot du 19ème siècle. Les modestes détachements du 118ème RI présents à Morlaix, Crozon, et Quimper, n'eurent pu être sur la défensive sur la côte Sud de la presqu'île. Comment être partout à la fois dans des laps de temps réduits ? En 1939, l'armée fut présente sur la côte au travers de binômes mitrailleurs dans des refuges civils ou militaires très approximatifs. Deux hommes pour une plage... Même le dispositif allemand qui n'eut de cesse de se renforcer matériellement mais de se départir de ses moyens humains à cause du front russe qu'il fallut renouveler, ne rendit jamais la presqu'île imprenable par les terres.

Il faut aussi se rappeler, de la difficulté des approvisionnements en munitions, en vivre, et même en eau douce. La démesure des canons de 320 mm de calibre nécessita le transport de projectiles de plusieurs centaines de kilo chacun... Une armée au complet ne put être alimentée par les Crozonnais comme se fut le cas des compagnies en service sur place... L'insuffisance d'eau potable, au pays des pluies diluviennes et dont se plaignit aussi l'armée allemande ajoutait à l'ampleur de la stratégie de défense de Brest, sa part de dérision.

Et pourtant, aucun débarquement en dehors de celui des Espagnols ne réussit, les Anglais à Trez Rouz en furent l'exemple historique. Des centaines de tentatives que l'on appellerait aujourd'hui des intrusions de commandos, titillèrent la défense de Brest. L'histoire a oublié les barques anglaises échouées en presqu'île par les nuits sans lune pour connaître le temps de réaction des forces françaises. L'artillerie côtière fut dissuasive de par sa simple présence et non par sa performance jamais testée car fort heureusement, si la faiblesse des moyens humains de l'artillerie et de la troupe eut pu être fatale, l'ennemi souffrit aussi du manque de moyens humains pour envahir la presqu'île. Concentrer des milliers de fantassins en un seul point d'attaque ne fut pas possible durant des lustres car cela eut dégarni cette marine audacieuse de ses troupes pour défendre sa propre nation.

La presqu'île de Crozon présente sous son trait de côte, ses vestiges militaires, forts, tours, corps de garde, la plupart n'ont jamais servi, sont restés vides... Une leçon de dissuasion avec ses anachronismes, ses bluffs, ses illusions tactiques entretenus par des budgets colossaux pendant que la population ne vivait qu'au jour le jour dans le dénuement complet.

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