Le navire Breslaw participe à l'emprisonnement des Communards

Le Breslaw sort des chantiers navals de Brest le 31 juillet 1848. Il appartient à la classe Suffren des navires de ligne de la Marine nationale française disposant de 90 canons. Avant de s'appeler Breslaw, il porta le nom d'Achille à l'état de projet en 1827, puis de Saint Louis à l'état de coque en 1839.

La classe Suffren succède aux navires de 80 canons de la classe Bucentaure conçus par Jean Tupinier. Ils apportent une innovation : ils possèdent une coque droite, au lieu du frégatage qui prévaut alors à l'époque. Cela a pour conséquence de remonter le centre de gravité du navire et permet d'avoir plus d'espace de stockage sur les ponts supérieurs. Les problèmes de stabilité sont résolus en rajoutant des stabilisateurs immergés sous la coque.

Le navire de ligne Breslaw participe à la guerre de Crimée (1853) comme transporteur de troupes ainsi qu'à la campagne du Mexique en 1862. En 1856-1857, le voilier est motorisé à Brest pour devenir un vaisseau mixte. En fin de carrière, il est relégué en tant que navire de l'escadre de réserve à Landévennec.

En mai 1871, sous le commandement du capitaine de frégate Paul Emile Marie Réveillère (1829-1908 - futur major-général décoré), le navire contribue avec 11 autres navires en rade de Brest, à l'une des plus sombres pages de l'histoire de la marine française : la détention de centaines de communards ou supposés comme tels dans des conditions abominables. Ces navires de la flotte sont transformés en pontons d'incarcération en attendant que chaque dossier des internés soit étudié pour savoir s'ils doivent être déférés en justice avant la déportation en Nouvelle-Calédonie ou simplement relâchés faute de preuve. Interrogatoires, recherches administratives et possibilités de tortures « raisonnées » permettent de faire avancer lentement les dossiers d'accusation.

Dans le livre du journaliste Lissagaray sur l'histoire de la Commune de 1871, l'auteur écrit : « … le capitaine d’armes du Breslaw les traitait en forçats ». Le climat est à l'hystérie générale et à la répression sans limite. Tout militaire qui marquerait un signe d'humanité envers ces insurgés se verrait complice et passé par les armes.

Après cette douloureuse affectation, le navire est inutilisable et devient un dépôt de munitions flottant puis subit une démolition en 1886.

Parmi les prisonniers se trouve le meunier Marc-Marie Groascoz du Disloup en presqu'île de Crozon. Cet homme s'est fait arrêter à Paris et transférer par train de prisonniers à Brest dans des conditions d'entassements épouvantables (1200 prisonniers par train constitués de wagons plombés), sans eau avec quelques biscuits secs à partager à plusieurs pour un voyage de 24 à 36 heures. Transfert de Brest aux navires pontons par chaloupes sous la surveillance des militaires gardiens qui usent de la brimade allègrement. Mise en cellule de 80 personnes dans des cages à bord jusqu'aux cales insalubres.

« Les prisonniers des pontons, étaient nourris de biscuit et de lard. Plus tard, on ajouta de la soupe et du bouilli tous les dimanches. Les couteaux et les fourchettes étaient interdits. On batailla plusieurs jours pour obtenir des cuillers. Les bénéfices du cantinier qui, d’après le cahier des charges devaient être limités à un dixième, atteignirent jusqu’à 500 pour cent. » Lissagaray.

12000 prisonniers répartis sur le Napoléon, l'Austerlitz, le Ville-de-Bordeaux, l'Yonne, le Fontenois, l'Hermine, la Mare, l'Aube, le Duguay-Trouin, le Ville-de-Lyon, le Tilsitt et le Breslaw. Ce dernier mouille face au port du Fret devant le moulin du meunier. Le suspect, lors de sa demi-heure de promenade sur le pont supérieur, regarde son chez-lui, son moulin, pense à sa famille entre mars et avril 1872. Au delà une ordonnance de non-lieu lui signifie sa libération curieusement il ne retourne pas à sa vie passée, il disparaît en Italie pour y mourir un an plus tard à 43 ans.

Pour d'autres prisonniers les mois passent à bord dans la souffrance. Nombreux sont ceux qui seront embarqués dans d'autres navires en partance de la cale de Sourdis en Quélern pour la Nouvelle Calédonie. 5 mois d'un voyage abominable...

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