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⇒ Les Heureux

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Maurice Le Doux, le simpliste de service porte bien son nom, un vrai doux de doux pas Breton pour un panier de godaille. Son grand père était de la Mayenne et sa grand-mère de Nantes, ils étaient venus s'installer sur la côte pour faire dans la conserve de sardine mais par manque de moyens financiers, l'affaire était restée sur les quais de Morgat et avait coulé à pic avec les deux barques sardinières pourries par le sel que l'entrepreneur avait achetées auprès d'un patron pêcheur roublard et en faillite en même temps. Comment pouvait-on être roublard et en faillite, le phénomène n'avait jamais été constaté jusqu'ici et cela jusqu'à Telgruc, pays d'origine du loustic avarié. Quoiqu'il en soit en Mayenne, les méfaits du sel marin étaient inconnus y compris à marée haute. Quant à la grand-mère, sa condition de petite bourgeoise anéantie par le progrès social ne lui avait pas permis d'appréhender les affaires chimiques du monde de la pêche.

Maurice Le Doux 49 ans et plus aucune dent de fond de mâchoire mais plein de sagesse épurée, s'était fait une raison à propos de son intellect limité, de sa beauté intérieure et extérieure toute vêtue d'une rondeur qui ennuie les mouches. Jean les attire, les mouches ; Maurice les faisait fuir. Voici donc le point de crispation initial. Il suffit d'un interstice pour qu'une haine prenne racine. N'allez pas plus loin dans l'explicatif.

Ici, au pays, il n'y a pas des loins à tous les coins de rues. Tout est à proximité, resserré par nécessité. Seul le bonheur est éloigné faute de moyens significatifs pour avoir le temps d'apprécier l'air ambiant qui pue le poisson. Ici, il n'y a pas de cerises, le temps y est pour beaucoup, tout dépend de la houle et du vent, la pluie passe encore mais la houle, on y peut rien, on s'y noie et on fait du veuvage par fatalisme. Ça, on en a des veuves et des moutards qui reniflent au-dessus des paniers de sardines les soirs de pêche.

Une descente de côte à 15% sur des cailloux pointus, donne de la soif à qui sait boire dans les moments de forte tension. Jean massacre la poignée du « Puits cent vingt » de la mère Kerdratez. Une veuve épanouie par le sens des affaires et dont le vin avait tué le mari, mais dont le débit de boissons est parfaitement visible avec sa façade monarchique en pierres de taille. Ne pas boire chez la mère Kerbratez, revient à ne pas fréquenter l'église un jour de Noël, un sacrilège qui amenait la consternation parmi ses fervents alcoolos. Lire la suite de la nouvelle

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