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⇒ Les Heureux

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Jean est rentré chez lui à pas nerveux. La tête vide et l'idée fixe de la disparition. Impossible de disséquer le mot tellement il est complexe d'imaginer ce que peut être une disparition réelle, effective et pourtant impalpable. D'une engueulade, les oreilles s'en souviennent ; un geste agressif subi, on s'en ressent mais une disparition ça ne fait rien en surface et ça creuse en profondeur.

En tout cas, ça n'a pas creusé l'appétit du maçon perturbé qui cimente son estomac d'un morceau de pain aussi mastic qu'un pain de mastic après cinq jours d'atmosphère humide et froide d'un penty humide et froid qui ne prend pas l'eau. Un luxe que bien des peuples aimeraient apprécier. L'homme rumine à n'en plus finir, debout sans doute, abattu certainement.

Depuis trois semaines, Jean n'a rien à brûler pour casser cette atmosphère marine confinée. Alors il se jette sur sa couche de paille enveloppée d'une housse de lin qui ponce la peau tant elle est épaisse. Ce n'est pas grave à cette heure aiguisée, il y a plus gra... ve... Le sommeil tombe d'un coup sec, vertical comme une lame de guillotine. Cette tombée de méninges est manifestement étrange après tant de nervosité. Un sommeil qui ne pourra pas durer se dit la cervelle. En pleine nuit, l'assoupi se réveille brusquement. Jean se souvient dans un jaillissement de perplexité que Jules lui avait décrit le nombril de Joséphine quand il avait rapporté sa conversation. Une jeune femme certes décalée par rapport à la norme des filles raisonnables et bien pensantes, avait affiché son nombril devant un gamin de sept ans en tenant un seau d'eau froide sur la margelle dont le contenu l'avait éclaboussée et ceci en une fin d'après-midi à quatre degrés Celsius devant la demeure d'un faux-cul d'hôtelier conservateur de ses intérêts. Pas normal, pas normal du tout... Pas norm... Faux-cul qui se conduisait à droite quand la clientèle était droitière et à gauche quand la clientèle était gauchère... Ambidextre de la cause politique, l'hôtelier abrégeait toujours devant les centristes.

Quoiqu'il en soit le nombril de Joséphine va énormément compliquer notre affaire de disparition. Non pas qu'il y soit pour quelque-chose car entre-nous le nombril de Joséphine n'est qu'un puits bouché comme le vôtre et que la considération que personnellement l'on se fait de son nombril n'intéresse personne d'autre que soi-même. De nombrilisme, Joséphine n'en souffre pas particulièrement.

Joséphine n'est pas exhibitionniste, ni provocante, elle aime porter des laines courtes pour l'aisance de sa taille, pour libérer ses mouvements. C'est vrai que les femmes de chez-nous, portent robes, tabliers, lainages emmitouflants et qu'aucun nombril ne s'évade d'une telle forteresse. Les nombrils des femmes sont des sinistrés, ils n'existent pas, ne servent à rien et il ne sert à rien de les considérer alors pourquoi Jules en fit une vaste considération. Pas normal, pas normal du tout... Pas norm...

En réalité, Jules n'avait pas vu le nombril de Joséphine, il l'avait deviné sous un tissu de coton plus fin que ce qu'il avait déjà vu sur ses sœurs dans la pièce commune de son penty. Une légèreté qui avait fait deviner un creux au milieu du ventre de la belle du village et comme Jules est déductible de toute hésitation et que seul l'enthousiasme de sa mission l'avait enivré, il avait brodé une initiale de poésie féminine en racontant ce détail charmant. Il n'en reste pas moins que le nombril de Joséphine est un second rôle qui compte dans le film des évènements à suivre... Lire la suite de la nouvelle

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