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⇒ Les Heureux

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Jules a tout suivi et fait des recoupements tout en rigolant bien des visages rencontrés – les outrés sourcilleux, les sourcilleux équivoques, les dubitatifs émérites, ceux qui ont fait semblant de comprendre, ceux qui ne comprenaient rien et l'admettaient, ceux qui voyaient Lancou caracoler sur le sillon avant midi... Un vrai festival de canes à cancans – les femmes ont un don de lavandières qui lessivent les mots. Le jus est si gris que Jules prend sur lui et va au Toulinguet voir la robe rouge et noire couverte de sang d'une femme impure venue de l'océan avant que la mer ne remonte de trop.

Jules est sur les lieux du crime et s'en trouve fort déçu. Le tissu noir est bien présent là où il devait être déclarativement parlant. Une écharde de 7 cm de long et de 5 mm de large est prise dans un bord brodé de ce vêtement effectivement étrange puisqu'il ne peut couvrir que le haut d'une femme jusqu'au nombril à la condition que ce dernier ne soit pas à fond de cale.

Quiz pour Jules : c'est un... enfin un... Comment dire ? Moment de détresse, Jules n'est pas très au point à propos des vêtements très femmes. Il a désormais en main un repose féminité. Une sorte de porte gougouttes mais mou, froissable. Il ne pense pas que ce soit pour la nuit, il penche pour un affriolant de jour.

Aïe ! Il vient de se piquer. Une épingle ajuste la dentèle au bas du... truc à femme. Une autre épingle ; puis une autre et ainsi de suite. Maintenant il sait. Il avait vu sa mère poser des épingles avant de coudre. Ce n'est donc pas un vêtement porté mais un vêtement en cours de fabrication très joli d'ailleurs avec deux reposes rotoplots, seule Joséphine peut oser. Jules est merveilleux de truculence mais a un handicap normal pour son âge, les choses des filles sont compliquées à aborder car on ne sait pas de quoi on cause quand on est un garçon. Il déplore de ne pas être un homme, on lui avait dit que ça ne tarderait pas, lui, il trouve que ça tarde. Un homme saurait des choses et les dire à Joséphine. Il décide fermement d'aller voir Jean. Il doit savoir y faire avec les intimités des femmes vu qu'une fois par mois, à Douarnenez, il est en enseignement dans une maison fermée. Tout le monde le sait. Nécessité impérieuse pour un célibataire. Tant qu'il n'occasionne pas la chose avec une fille du pays, c'est un honnête homme que de se soulager à la périphérie de la décence.

Jules et Jean sont sur le chemin de la Joséphine en bons compères de circonstances qu'ils sont. Jules se la joue affranchi et Jean serre les dents. Maurice est en lui, Joséphine est en train d'y rentrer. Ils sont à pieds sur la route de la côte, reprennent vite le sentier des douaniers et se dépêchent car il faut vite écarter le morceau de robe de Maurice pour pas qu'il y ait une coïncidence fâcheuse et des interprétations plus fâcheuses encore.

La maréchaussée est croisée au carrefour de la Sainte Barbe. Dire ou pas dire. Pas le choix, le capitaine en parle du haut de sa monture. Jean montre, puis remet l'objet du délit et convainc qu'il faut aller vite voir Joséphine. Les gendarmes sont à cheval, ils trottent. Jean et Jules n'ont pas le même pas et coupent par la végétation. En hiver, les corps peuvent passer les fourrés. L'hôtel est en plate-forme en bord de mer. Les gendarmes sont devant, ils tournent et virent comme des furets excités et visiblement ne trouvent pas. Jean est glacé, le stress le fait pervibrer. Il se touille les boyaux de plus en plus en parvenant essoufflé devant le sergent. Lire la suite de la nouvelle

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