Livre numérique - ebook - gratuit



⇒ Les Heureux

T

< PAGE 8 >

Le sergent est aussi frais qu'un maquereau oublié sur une ligne depuis la Saint Glinglin. Il n'est pas loin d'être en larmes le brave père de famille enseveli sous son couple. Joséphine a disparu. Le capitaine constate pareillement, la demoiselle n'est pas là. Il y a personne à l'hôtel fermé en hiver et dont une chambre est réservée à la « gardienne ». Après quelques échanges force est de constater que Joséphine s'est volatilisée hier au soir ou ce matin tôt.

Le sergent ahane, la grimpette sur canasson est maladroite, on eut dit un mari lessivé. Le capitaine, le voit, Jean aussi, Jules pas moins. Les trois adultes se questionnent sérieusement par pupilles interposées. Pas besoin d'un croquis, on peut aller au dessein tout de suite. Le sergent aime Joséphine à distance respectable. Pas la peine de le dire, des choses importantes n'ont pas à se diluer dans le commérage. Ce que les femmes ignorent de l'amour des hommes, ce sont leurs silences conjugués quand ils s'expriment entre-eux. Les femmes l'expliquent avec des mots qui éblouissent les aveugles, les hommes se taisent avec des cris que seuls les mutismes des hommes entendent au plus près de ce qui les bouleverse.

Quand le maire va apprendre la chose, le cardiaque va prendre le dessus, il va bleuir, se dit Jules. Mais où en est-on dans cet imbroglio ? A la fin du dimanche pas reposant pour personne, on ne sait plus comment expliciter les tourments successifs. Demain, qui sera le suivant ou la suivante, vu que ce sont les bons qui s'évanouissent dans le néant, faut-il se confesser ? Des socialistes y songent au cas où, la Droite n'emmène pas large parce que les deux bons disparus sont réputés de Gauche, on commence à sous-entendre qu'il n'y a pas de bons à Droite, à un mois des élections, ça la fout mal. Le curé doit influencer en priorité. L'église est là pour les grandes rectifications.

Lundi matin, Jean se lève promptement, énervé comme un stiponcle sur un hameçon, il décide d'acheter trois paires de chaussettes chez la mercière. Il se convainc que l'achat de trois paires rendrait la commerçante un peu bavarde. Une paire ne libère pas la parole mercantile. Il met un gros billet dans son porte-feuille et arrive juste quand Mme Henriette soulève le volet de bois de sa devanture. Il l'aide. Pour une femme, le panneau est lourd. Jean est un des rares clients masculins. Solitaire, il lui faut des chaussettes épaisses de qualité pour ne pas qu'il prenne le mal sur ses chantiers. Mme Henriette coud aussi pour Mr Jean, elle a ainsi une certaine intimité avec l'escogriffe si peu luné. Tant que les comptes sont bons, le client est le roi de ses humeurs et de son pot à chagrins. Les protagonistes se retrouvent au comptoir chacun du bon côté de la bienséance. Les trois paires de chaussettes sont sorties du tiroir à chaussettes. Elle a fait l'article sur la qualité du talon qui ne s'use pas sans broncher. Jean s'en satisfait poliment – marchand de chansons. Il sort son gros billet qui permettrait d'acheter une caisse de chaussettes. L'image avait la bougeotte ou la fièvre. Deux jours sans alcool, ça vous bouscule son homme. Mme Henriette perçoit la tremblotte. Jean découvre que le vin attaque les hommes faibles et qu'il est faible a s'y être si souvent pochetronné pourtant ce n'est pas le sujet du jour alors en même temps, direct, sans balivernes préalables, il demande à cette femme bien plantée sur ses guiboles à varices, guindée et pénitente quotidiennement de par des yeux fortement ronds et sombres, si elle est au courant du vêtement trouvé. Elle est au courant et... Lire la suite de la nouvelle

Presqu'île de Crozon Des livres à lire Compatibilité amoureuse

Nouvelles inédites gratuites à lire en ligne

 •  • 

Reproduction interdite