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⇒ Les Heureux

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On s'était estomaqué que des postes de vigie de côte de l'armée française était tenu par de vieux soldats dont les siestes répétées laissaient à penser que l'ennemi était renseigné des faiblesses des lignes françaises entre 14 heures et 16 heures. On apprit que certaines mitrailleuses étaient hors d'état de nuire et que les mitrailleurs en ignoraient les blocages. La rouille de l'inutilité avait transformé les armes en vestige d'une guerre qui n'arriva pas à temps. Plus ennuyeux, on trouva deux femmes dans un garage civil faisant office de poste de garde qui visiblement n'avaient aucune oxydation apparente, bien au contraire, des soldats les entretenaient chaque jour.. Par manque de chauffage, les valeureux avaient adopté des femmes bouillottes durant les heures de garde.

En définitive, la plupart des familles interrogées ne savaient rien, ne voulaient rien savoir, et exigeaient à ce qu'on leur foute la paix. D'autres avaient entendu dégoiser sur la disparition, elles avaient leur petite idée mais se taisaient pour ne pas trop en dire sur ce qu'elles avaient inventé pour le plaisir d'exister devant des militaires uniformisés.

On aurait pu ajouter l'explication du loup sanguinaire qui égorgeait les brebis de chez le Bozec dit "gros nez", un féroce qui n'était autre que son chien affamé qui se croquait un gigot par semaine.
On pourrait enfin convenir que le chat de la mère Michèle était une chatte, une coureuse, ce qui expliquait qu'elle avait des portées incessantes. Etc.

La liste des mystères élucidés remplit un missel sans pour autant expliquer l'inexplicable disparition de Maurice le Doux.

L'adjudant-chef et son écrivain ont sous les iris gris bidasse une multitude de feuillets reflétant la misère ordinaire des âmes ordinaires qu'elles soient argentées ou démunies. Dans ce fourbi éclectique, pas de Mr Le Doux. Ça sent le roussi, l'affaire sans suite, avec la presse sur les talons. Seul un autre coup du sort pourrait faire diversion. Un crime passionnel chez un capitaine d'industrie serait un paravent idéal. Peut-on compter sur la haute société pour parer à la faiblesse des petits ? Pas sûr. Tout ceci n'est pas bon pour la médaille, il y a du relent de mutation vers la Creuse extérieure dans l'air marin de la presqu'île de Crozon.

Trois jour plus tard, à l'assemblée nationale, un député de l'opposition qui s'oppose à tout et à son contraire dans l'espoir d'être une force de contre-attaque à l'encontre de la chienlit internationale, somme le ministre de la marine et le ministre de l'intérieur de s'expliquer.
— Comment, en France, peut-on disparaître sans que personne ne parvienne à trouver la moindre explication ? Dans quelle République est-on ? Celles des mitrailleuses rouillées, des filles de joie dans les points de défense, des enfants abandonnés. L'inaction du gouvernement souille Marianne.

Cette fois la France n'ignore plus que Maurice Le Doux a disparu corps et âme. Le malheur de la commune est devenu une affaire d'état souillon. A l'assemblée, on décrète brusquement de changer les mitrailleuses, de créer un orphelinat digne de ce nom, d'interdire la présence des femmes sur les terrains militaires en action – au repos, les députés en dissension proposent des variantes envisageables qui peuvent s'envisager camouflées afin de ne pas heurter la sensibilité des électeurs catholiques. Lire la suite de la nouvelle

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