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⇒ Les Heureux

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Chacun a donc une conclusion à tirer d'une même histoire, et si chacun devait la raconter elle serait différente à chaque fois et la vérité n'en serait pas heurtée, habituée qu'elle est aux interprétations humaines ou plutôt doit-on dire aux interprétations des croyances humaines, car la vérité n'a pas de visage, pas de nez donc pas de flair, pas d'oreille donc sourde, pas de langue donc muette, à tant ne pas être humaine, elle n'est pas à la portée de l'humanité.

Jean et Ginette ne manquent pas de se voir, de se revoir, de se rerevoir avant que la lumière de la journée ne s'éteigne pour de bon. Maurice voit le manège et n'ose pas trop approcher jusqu'à ce que l'Anglaise vienne au chantier où il scie pour lui demander comment il va et s'il s'est remis des rumeurs. La conversation consomme un temps précieux de 4 minutes 36 secondes en moyenne. Jean apparaît sur la courbe du chemin du Styvel ne sachant pas s'il doit avancer ou déguerpir. Maurice lui fait un signe. L'Anglaise délie une sorte de pas chassé distingué, enfin quelque chose qui ressemble à un pas de danse pour ne pas perdre le rythme, pour gagner en ambiance... Elle est un accord, un lien. Jean et Maurice avait besoin d'une femme entre eux deux pour que la soie habille leurs mots, maux à maux. A trois, ensemble, aucune rumeur ne peut les atteindre, le prochain périple maritime, ils le feront dès qu'il fera beau et ceci après la prochaine réparation de la « Petite Yvonne » la barque des exploits d'un charpentier de marine qui a appris les bienfaits du rabotage des ambitions surestimées. L'Anglaise s'amuse à prévenir qu'elle n'a pas le pied marin, Maurice confirme ses hauts le cœur à chaque onde et Jean avoue en rigolant qu'il n'a jamais mis un pied dans l'eau trouvant l'eau trop mouillée à son goût. La Traversée est décidée pour le dernier dimanche de mars. Le cap est donné : plage du Corréjou, destination plage de Trez Rouz... Soit pas même un mille nautique, rien que pour un pique-nique. Un jour peut-être iront-ils jusqu'à la Pointe de Dinan, au château des Korrigans, où les petits refoulent les géants les nuits de pleine lune, mais rien n'est moins sûr. Mieux vaut prévoir petit, dans un espace adapté à l'amplitude des mouvements des heureux que le moindre déplacement importune. C'est tellement grand en soi, entre-soi, qu'un monde extérieur s'y perdrait s'il s'y risquait.

Presqu'île de Crozon Des livres à lire Compatibilité amoureuse

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