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⇒ La Réputation des Femmes
et des Demoiselles

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A chaque promenade, la distance de rayonnement s'accroît, un toujours plus loin qui surprend la marcheuse en bottines. Elle a une grande attirance pour la lande, ce faux désert plein de vie. Pour parfaire l'expérience et caracoler dans les salons industrieux de la capitale, Elizabeth décide de se baigner aujourd'hui, uniquement les pieds, que la décence ne frémisse pas sans motif de s'alarmer. Vêtue de son audace, pieds nus dorénavant, bottines à la main, la jeune femme marche lentement sur le sable de la plage de Lostmarc'h et se dirige vers la mer à une cinquantaine de mètres, peut-être soixante. Les vagues sont minuscules et attrayantes, elles font champagne ! Enfin les pieds mouillés, l'accueil est frais. Aux chevilles, la température de l'eau est froide... Le bas de la robe est retombé et éponge l'eau salée de la mer d'Iroise. Peine perdue, il en restera après son ouvrage. Le sable s'amollit sous les talons, la demoiselle est bien moins aventurière subitement. Les pieds chaussés d'un sable adhésif, Elisabeth revient vers son point de départ très lentement, la peur ralentit sa reculade, ce sol si mou crée une incertitude. Elizabeth N. n'a jamais connu l'incertitude, elle déteste la sensation. Elisabeth tarde, un bras de mer en a profité pour la contourner sur sa droite, elle ne s'en aperçoit pas préoccupée qu'elle est par sa frousse. Une dame peut être froussarde, on eut pu écrire l'expression panique grandissante pour être sur la ligne de crête des sommets sociaux, mais Elisabeth se sent vulgaire, gauche avec le ridicule au travers de la gorge, et un soupçon de larmes dans les yeux : de la frousse de bas étage, l'insécurité c'est donc cela !

Sur le haut de plage, elle aperçoit un homme assit sur le pied de dune. Il ne manque rien et s'attarde sur tous les menus détails. Elle aurait bien tenté un « Ne vous gênez pas ! », mais le breton lui est inconnu et puis... Et puis une curieuse sensation l'envahit, une sorte d'intensité pénétrée d'émotion. Bien sûr, si cet homme est atteint par la moindre perversion, elle n'a pas cher à donner de sa résistance : après l'épreuve des sables mouvants, l'agression corporelle, faut-il donc mourir d'une promenade dans ce pays misérable ?

Si du sable qui avale les corps, elle n'en connaît rien, les hommes, elle sait les pétrir d'un simple regard. Elle se tient droite, de face, impérieuse sans aucun incendie à craindre. Le corps est fermé et les paupières grandes ouvertes. L'homme se lève avec énergie. Elle, immobile comme un boucheau, toise le mâle. Frayeur imprévue, l'eau rejoint ses pieds en une seule vague, elle s'enfonce plus que jamais. Elle crie, sa hauteur de vue est sabordée, sauve qui peut, la survie d'abord, l'allure peut périr.
— Venez vite, remontez !
L'homme s'est débarrassé de ses chaussures de petit fonctionnaire et vient à elle inquiet. Elizabeth est prise dans le sable liquide et ne pense plus à rien tant elle se sent absorbée par un sous-sol gourmand. On ne pouvait donc avoir confiance dans la Terre qui nous porte. Effarante surprise.
— La mer monte, dépêchons-nous, donnez-moi vos affaires.
Il prend en pagaille les bottines et la demoiselle. Cette fois Elizabeth a eu peur de tout, pour tout, en quelques secondes. La crainte de l'instant fatidique lui provoque une envie de vomir physique et une envie de se vomir tant elle s'est déplue dans l'excès d'affolement. Un peu d'entre dune à monter facilement, le sable est bien sec et tiède, il rassure mais elle tremble comme une feuille. Comment une élégante avait-elle pu être aussi lamentable ? Pourquoi sa grandeur, ne l'avait-elle pas protégée de l'enlisement ? Lire la suite de la nouvelle

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