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⇒ Dis-moi ton nom
puisque je t'aime

T

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Inutile de tenter une conversation officielle, elle n'y arrivera pas. Il ne nargue pas, ne s'impatiente pas malgré tout.

Au terme de l'entrevue, il suit la lieutenante Céline Richter. Annick a fait exprès de choisir cette officier homosexuelle jusqu'au trognon et qui ne s'en cache pas. Une prouesse pour une femme policière dans un univers où les supposées différences sont traitées en particularismes rédhibitoires. Annick est convaincue qu'elle n'aura pas ce type, trop beau pour elle, trop jeune et peut-être est-il là pour nuire à sa carrière mais elle ne supporte l'idée pas qu'une autre dans le commissariat puisse se le pécho les jours de récup, fort heureusement rares. Il est à elle mais de loin. Elle a de quoi rêver durant des semaines, c'est presque suffisant après des mois sans image au cœur.

La nuit d'Annick Lesure avait eu l'insomnie tenace. Cette insomnie avait été escomptée.

Vers deux heures du matin, elle s'est levée pour boire de l'eau minérale pleine de calcium amaigrissant. Elle doit éliminer davantage le calcium que l'eau car elle ne perd pas de poids depuis ses 20 ans. Le fessier accroché au bord de l'évier en inox, elle se promet d'exprimer ce qu'elle ressent à cet homme en matinée, à la minute, à la seconde, à la demi-seconde où elle le reverra. Elle accepte l'évidence qu'une telle déclaration intempestive se transformera en débâcle épique façon retraite de Russie et repli sur la boîte à mouchoirs en papier.

Matin habituel si ce n'est ce poids dans la poitrine. La voiture est en biais sur la place réservée. Trois saluts. Une entrée. L'instant crucial est en présence de Madame Lesure engoncée dans son embarras et Monsieur Dupont aimable à croquer. Le lieu de déconfiture choisi par Annick est la machine à café pour sonner la charge dans les tons de la décontraction fabriquée.
— Monsieur, ce que j'ai à vous dire prête à rire. Je... Oh et puis flûte, je n'y arriverai pas avec des gants. Voilà, je suis amoureuse de vous... Bon, je m'en vais... Je ne veux pas voir le moindre rictus sur votre visage. Vous pouvez rejoindre les autres, si vous pouviez m'épargner des commérages...
— Madame, bonjour. Je reconnais qu'il y a un temps où j'aurais accueilli votre confidence avec une désinvolture malsaine. Maintenant, je la respecte avec une grande tendresse, ne m'en demandez pas davantage, à mon tour d'être troublé...
Il sourit au plus large comme un horizon maritime.

Annick a les iris à pleine voilure, elle n'est pas congédiée, répudiée, abîmée, même s'il n'y a rien de rien jamais, elle a tout pour tout en tout. La vie est formidable.
— Merci Monsieur... Votre nom et l'absence de pré...
Elle lui a donné un coup de sabre d'abordage. Il est fendu, accablé, il jette le gobelet sous tension. Il part très loin. Elle l'attrape par le coude, elle est magnifique de conviction :
— Votre présence parmi nous est relative à votre identité. Vous êtes en difficulté.
Il ne dit rien mais répond oui, oui dans tous les sens, les contre-sens et les sens cachés, il est acculé. Elle est certaine d'elle, il ne dit rien mais répond merci. Lire la suite de la nouvelle

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