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⇒ Dis-moi ton nom
puisque je t'aime

T

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Le lendemain la journée de travail fut concentrée. La préparation de l'intervention était remontée jusqu'au préfet. Plusieurs services furent immédiatement impliqués, de ceux qu'Annick connaissaient et de ceux dont elle ignorait les capacités. Elle avait glissé malicieusement à l'oreille préfectorale qu'un observateur du ministère de l'Intérieur était de la partie. Le Préfet qui avait la jugeote de l'administratif au taquet a vu en cette opération aux relents parisiens, un moyen de sortir de sa préfecture par le haut ou du moins d'éviter de finir comme préfet de la Lozère inférieure. A ce titre , il s'était couvert jusqu'à ce que des hommes en gris de la face jusqu'au costume viennent changer la donne. Ils avaient déboulés dans la salle de réunion du commissariat à 14h17. Ils étaient chefs des chefs et responsables de la sécurité de la France continentale. La commandante et ses rejetons furent dès lors classés parmi les éléments périphériques non indispensables. Dans des cercles concentriques, Annick commandera la gestion des fuites d'individus suspects avec derrière elle, en tamis, les bouseux de la gendarmerie locale. Les grisons se faisaient dessus tant ils jouissaient à rabattre les prérogatives de la commandante. La commandante la joua finement devant la grisaille impétueuse. Elle renâcla pour la forme et se satisfit des velléités guerrières de ceux-ci. Un des gris eut une sorte de trouble de l'intelligence hormonale, il imagina que la commandante était déconfite. Le gaillard redoutable avait eu le complexe du mâle protecteur à l'égard de la femelle en désarroi :
— Nous sommes...
— Je ne me pose aucune question à votre sujet et ne souhaite aucune réponse aux questions que je ne vous ai pas posées.
Le ton était détaché, la réponse provoqua un rictus chez l'argousin plastronné. Annick pensait à Mr Dupont qui écoutait à distance – même à cette distance, il était beau comme un espoir. Elle perçut qu'il était plus facile de se passer d'interrogatoire envers des personnes qui l'indifféraient plutôt que de s'indifférer de quelqu'un qui suscitait un vigoureux sentiment d'intérêt. Le sentiment était bien un élément perturbateur. Si elle en avait eu la force, elle aurait préféré interroger les oiseaux de mauvaises augures et se soustraire de l'attirance indiscrète qu'elle vivait en présence de l'homme qu'elle aimait. Elle n'avait plus aucun doute, elle aimait autant qu'elle aimerait tout savoir de lui. Elle aimait davantage son besoin de savoir que son besoin d'aimer qu'elle déplora furtivement.

Finalement, place aux services habitués de la défonce des portes et des mitraillages en gilets pare-balle, cagoule réglementaire sur la tête. La tactique était simple, les durs à cuire armés jusqu'aux dents entraient en action par les issues secondaires et pacifiaient le plus discrètement possible. Les cow-boys intermédiaires faisaient de la protection des personnes qui coopéraient à l'intérieur du labyrinthe de parpaings. La commandante signala la possible présence de femmes noires non identifiées. Les flingueurs promirent le discernement et de ne pas dégommer les potiches. Il était invraisemblable qu'une arme réfléchissât, pourtant l'assemblée se contenta du principe déclaratif.

Les gris s'évanouirent à 16h42. Leurs véhicules étaient gris métallisés. Céline ne put s'empêcher :
— Ils ont le caleçon assorti ? Ils ont des têtes de nœuds congelés.
Les femmes de l'équipe avaient rigolé. Les mecs atteints dans leur superbe confraternelle n'avaient pas enregistré. Lire la suite de la nouvelle

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