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⇒ Dis-moi ton nom
puisque je t'aime

T

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57 policiers affutés à l'action intensive, du jamais vu cantonal. L'intervention entame les 15h00 sonnantes, heure à laquelle il y avait habituellement du monde dans cette ancienne laiterie industrielle. Les casques noirs au Nord, les gilets brassards à l'Est et au Sud. Comme prévu, à l'intérieur, une multitude de cloisons en agglos de 15cm d'épaisseur dans un dédale de couloirs et de petites pièces. Une sorte de grappe de raisins à angles vifs. Un peu de drogue, quelques armes de poing incomplètes, inutilisables en l'état, trois filles peut-être mineures, sub-sahariennes sans-doute... des caisses de vêtements neufs. De l'informatique... des smartphones... Pas de mallette, pas de bonnet vert avec la tête d'un type blond dedans. 15h46 au finish. De l'emballé vite fait, chaque groupe commente les anecdotes de l'investigation. Un défonceur s'est aplati les naseaux sur la devanture d'une gamine qui pensait être étripée. Ça rigole et ricane entre pédoncules sexistes. Le préfet est deçu, trop vite, trop bien, trop facile et pas assez d'héroïsme médiatique. Il ne doit pas compter sur plus d'une minute trente de reportage au JT de 20h00. Il n'est pas certain qu'un journaliste lui tende un microphone promotionnel.

La commandante est invitée à faire le ménage dans les alvéoles. Les armes légères et la drogue ont été prélevées, les filles embarquées, reste le dépotoir à répertorier.

Mr Dupont n'est guère enchanté, Mlle Richter n'est guère tranquillisée, Mme Lesure gonfle la joue droite quand un lieutenant de gendarmerie s'adresse à elle :
– Qu'en pensez-vous ma commandante ?
– Trop visible... On ne joue pas les bâtisseurs pour si peu, une cave d'immeuble aurait suffi et puis personne pour garder le magot ?
Chacun est d'accord, il faut prendre le temps de la visite et analyser les indices. Le préfet est averti, il consent, il compte sur une conférence de presse défendant la méticulosité de la police à condition qu'il y ait autre chose à découvrir dans la laiterie.

La commandante part en avant toute fronde dehors. Elle s'avance en pointe, la lieutenante et Mr Dupont suivent. Le trio passe une porte d'entrée déglinguée et prend un couloir qui semble être la branche principale jusqu'au premier croisement. Annick sort son arme, la lieutenante l'a déjà fait. Elles vont sur la gauche tandis que des gendarmes s'étalent partout. On avance lentement, on s'égare franchement tout en évitant les objets abandonnés au sol. Bouteilles, tissus crasseux et déchirés, des plastiques, des résidus dont on ne sait quoi. Impressions urinaires, parfum de bières sèches. Tout prouve un intense passage et pourtant tout manque singulièrement de vie. La lumière du jour parvient mal dans les recoins. Le labyrinthe est dans une grande salle qui fait cathédrale. Les vitraux de verre blancs sont écœurants. Annick est assaillie par ses intuitions, ces dernières lui intiment l'ordre de briser les murs qui de toute évidence taisent la vérité.

Le trio croise deux gendarmes, ils n'ont rien vu d'important si ce n'est que du ciment frais au sol à quelques mètres. Les cinq policiers découvrent en effet du mortier récent et des bassines en allant vers l'Ouest.

– Vérifiez les joints des murs.
Annick est proche de la sincérité des lieux. Elle le sent. Mr Dupont se fait aussi tendre que participatif, il est porté dans un élan appliqué qui laisse supposer qu'il a bien l'intention de trouver ce qu'il cherche. Cécile observe que des bas de mur sont humides. Mr Dupont constate mieux encore, un peu plus à droite, sur une paroi en forme de point d'interrogation, il manque des joints verticaux entre les parpaings. Lire la suite de la nouvelle

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