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⇒ Dis-moi ton nom
puisque je t'aime

T

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Il éclaire une des fentes grâce à la lampe de son smartphone et repère un toit en tôle à cette alvéole. Sur une palette de bois, ce qui pourrait être un corps. Le grand bagage est là.

Mr Dupont se met à parler dans une langue intraduisible. Il est joyeux dans une réserve qui prouve son implication affective. Il se mue en homme le plus attentif qui soit quand une voix féminine chante un air étranger. Aucun empressement, aucune nervosité, une facilité de communication.

Annick ne peut s'empêcher d'être piquée au vif. Jalousie quand tu nous tiens. Mr Dupont demande des précautions pour abattre le mur. Le bonhomme au bonnet vert surgit. Il est mis en joue.
– Ce n'est pas utile.
Mr Dupont vient d'intercéder amicalement.

Le vers de terre remercie la baisse des pistolets de service. Il indique une cache pour démonter les parpaings récemment scellés. On y trouve des truelles, une massette, des burins, un pied de biche... La femme à l'intérieur est loquace et tape sur son versant, elle a de quoi s'évader, pourquoi ne l'a-t-elle pas fait ? Elle a rendez-vous avec Mr Dupont qui est le plus heureux des inconnus. La commandante descend de son cocotier de rêverie et redevient une femme céli-abbatue par les sévices de son dépit. Cécile fait le balancier, fin d'histoire ou rebondissement spectaculaire. Mr Dupont se charge de déplacer les parpaings bas du mur. Une main féminine passe par l'orifice. La main cherche l'autre main masculine. C'est cuit pour Annick dont les viscères virent au fiel. Quatre agglomérés désolidarisés suffisent à faire sortir la recluse. Cécile s'applique à tout noter, elle veut savoir vite. Annick se réfugie auprès des deux gendarmes auxquels elle ordonne de garder un œil sur l’indic. Elle ne veut pas être la témoin de la moindre tendresse. Son être en serait fouetté, elle n'en peut plus de souffrir à cause de ses histoires d'amour sabordées. La jeune femme crie de bonheur, Mr Dupont fait l'ange de bienvenue. Ils s'étreignent. Céline se régale à surprendre Annick en quart de larmichettes... La lieutenante chuchote :
– Calme-toi, ce n'est pas des embrassades d'amoureux...

Annick aurait bien souhaité répondre « tu crois » mais rien n'est en capacité d'être formulé.

La jeune-femme regarde Cécile avec de la lumière de pénombre, de celle qui transperce comme un rayon. Cécile est foudroyée :
– Elle est de ma tribu, tu ne risques rien.

Annick est percutée par une libération intérieure, elle sort de son emmurement. Elle s'approche, ils se ressemblent, ils sont de la même famille. La jeune femme est faramineuse, elle a de la prestance sans être guindée comme Mr Dupont. Des yeux ciel d'Orient, une chevelure orientale aussi, elle n'est pas en état de choc, elle est aussi euphorique qu'Annick. Cécile se shoote au désir fou. La grande et belle demoiselle est libérée aujourd'hui mais prisonnière de peurs anciennes. Elle a connu ce que ne connaissent pas les jeunes-filles des beaux quartiers, elle a de la terreur sous sa peau, en faillite intérieure, elle est dévastée, Annick le sent :
– Mr Dupont, cette jeune personne a besoin de protection, je me trompe ?
L'étrangère se met à rire en s'adressant à son compatriote :
– Mon frère en Mr Dupont...
Elle baisse ses aises devant son frère attristé. Sinistre farce, décidément le nom de monsieur Dupont est un élément Titanic prêt à faire sombrer l’insubmersible fierté de cet homme. Lire la suite de la nouvelle

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