L'épopée des chalutiers langoustiers mauritaniens de Camaret-sur-Mer

L'Armorique de 30m et le Portzic de 27m et ses casiers pour la langouste rose. Le Portzic fut le dernier chalutier langoustier Mauritanien construit à Camaret.

Ma Petite Folie de 25m, à quai, au Faou, en attendant sa reconversion à Brest. Le premier Mauritanien de Camaret bien que construit en Vendée !

L'Equateur en fond.

L'Equateur à gauche, l'Armorique à droite.

L'Equateur de 30m en premier plan.

Le Saint Rioc de 30m en premier plan.

Camaret 1er port langoustier d'Europe pendant l'âge d'or des Mauritaniens.

Ci-dessous le calendrier des mises en service des langoustiers Mauritaniens, ces chalutiers qui devaient redonner du lustre à la pêche camarétoise. La pêche de la sardine est en pleine déliquescence : la même technique de pêche au filet est possible avec la langouste verte, du moins dans un premier temps...

1955
• Ma Petite Folie (Chantiers Sables-d'Olonne) en pêche jusqu'en 1965 – Transformé en restaurant sur la plage du Moulin Blanc de Brest jusqu'en 2016, détruit ensuite.

1956
• Belle Bretonne (Chantiers Péron) en pêche jusqu'en 1968 puis versé à Bordeaux.

1957
• Monseigneur Landreau (Chantiers Péron) en pêche jusqu'en 1967 puis versé à Bordeaux et finit en Afrique du Sud.

1958
• Saint Rioc (Chantiers Péron) a participé à une campagne aux Antilles et finit au Cap Vert à partir de 1991.
• Françoise-Christine (Chantiers Tertu) en pêche jusqu'en 1966 puis versé au Brésil.

1959
• Notre Dame De Rocamadour (Chantiers Péron) en pêche jusqu'en 1973 et appartient un temps au musée du bateau à Douarnenez.

Le Kador à quai.

• Kador (Chantiers à Nantes). En route vers la Mauritanie, il sombre corps (12 hommes) et biens dans le golf de Gascogne en 1962.
• Charleston (Chantiers Tertu) en pêche jusqu'en 1965 et versé au Brésil en 1966.
• Lys De Bretagne (Chantiers Kéraudren) en pêche jusqu'en 1966 puis versé en Afrique du Sud.
• Siroco (Chantiers Sables-d'Olonne) en pêche jusqu'en 1966 puis versé en Afrique du Sud.
• Folgor (Chantiers aux Pays Bas coque acier) en pêche jusqu'en 1969 puis est versé à la Réunion pour échouer dans le canal du Mozambique en 1976.

1960
• Henri Annick (Chantiers Péron) en pêche jusqu'en 1964 puis versé au Brésil à partir de 1966.

1961
• Castel Dinn (Chantiers Péron) en pêche jusqu'en 1990 puis crabier de côte jusqu'en 1998. Devient une épave sur le sillon de Camaret.
• Veryach (Chantiers Tertu) en pêche jusqu'en 1969 puis brièvement versé à Bordeaux pour poursuivre en Afrique du Sud.
• Rubis (Chantiers Keraudren) en pêche jusqu'en 1966 puis versé en Afrique du Sud puis la Réunion.
• Toulinguet (Chantiers Péron) en pêche jusqu'en 1965 puis versé au Brésil en 1966.

1962
• Banc D'Arquin (Chantiers Tertu) sera immédiatement immatriculé à Douarnenez. Puis part au Brésil en 1966. Il fut le plus grand Mauritanien = 37,4 m.
• La Comète (Chantiers Péron) en pêche jusqu'en 1976 puis fait naufrage, équipage sauf...
• Constellation (Chantiers Péron) fait naufrage en 1964 dans les eaux de la Mauritanie.
• Equateur (Chantiers Kéraudren) en pêche jusqu'en 1990 puis versé au Conquet en crabier avant de faire naufrage en 1994.

1963
• Armorique (Chantiers Kéraudren) en pêche jusqu'en 1990 puis devient un bateau de plaisance et de cabotage à Madagascar avant de couler en 1997.
• La Barbade (Chantiers Péron) en pêche jusqu'en 1968 puis versé au Mozambique et enfin à la Réunion en 1973.
• Trezic (Chantiers Tertu) fait naufrage au Cap Vert la même année.
• Maria Martina (Chantiers aux Pays Bas coque acier) accumule les changements de propriétaire et fait la Mauritanie, le Mozambique, Madagascar, Bordeaux... en activité en 1971 à l'île Saint Paul dans l'Océan Indien...

1964
• Le Condor (Chantiers Kéraudren) en pêche jusqu'en 1979 puis versé à Audierne et fait naufrage en 1978 en Afrique du Sud.
• Frai Lann (Chantiers Péron) en pêche jusqu'en 1968 puis finit à la Réunion après 1973.
• Maïtena (Chantiers Tertu) en pêche 1 an puis versé à Douarnenez et Morlaix, finit comme crabier (1976) avant d'être à l'abandon sur le sillon de Camaret-sur-Mer à partir de 2001.
• Portzic (Chantiers Péron) en pêche jusqu'en 1990 puis sa situation devient aléatoire comme la pêche à la Langouste... Beaucoup de milles marins à travers les mers et peu de pêches rentables. Il est réemployé comme thonier et garde-côte à Saint Hélène avant son sabordage en 2005.

A la lecture des différents parcours des chalutiers surnommés Mauritaniens par les Camarétois (du fait que la zone de pêche de prédilection est le large de la Mauritanie), on ne peut que constater la brièveté de leurs appartenances à leurs patrons pêcheurs commanditaires locaux. Après la perte d'espoirs lucratifs assurés, ils revendent leur coque au plus offrant souvent à des compagnies de pays lointains (Afrique - Brésil) pratiquant encore la pêche à la langouste pour quelques années encore avant que la pêche industrielle ne fasse naître des géants des mers. Les "seigneurs de la mer", autre nom des Mauritaniens, ne sont plus spécifiquement des bateaux familiaux comme par le passé, le financement est un capital de 100 millions de francs en 1959 qu'il faut trouver par le biais de sociétés d'investissement. La rentabilité est une nécessité sans retard possible.

A noter que la taille moyenne des chalutiers augmente progressivement puis décroît ensuite comme si la longueur avait suivi la cote de popularité de la langouste. 25 mètres, 30 mètres puis 32, 1 à 37 puis progressivement retour vers 25 mètres. Les langoustiers classiques pour les côtes anglaises, le Portugal ou le Maroc au plus loin, voisinent les 18 mètres en moyenne et pêchent le thon en été parfois. La pêche aux homards ou aux crabes sont deux autres possibilités de diversification. Ces petites unités ne sont pratiquement plus construites durant l'élan Mauritanien. Après la construction des Mauritaniens, soit jusqu'en 1964, il y aura quelques mises en chantier sporadiques de petits langoustiers polyvalents, crabiers, coquilliers sans réels succès. La pêche n'aura de cesse de décliner. La construction navale périclite aussi en construisant quelques canots de 3 ou 4 mètres, quelques chalutiers côtiers de 15 mètres... Le dernier petit langoustier construit à Camaret est une réplique nommée « Lulu » (Chantiers Lastenet) de 1990 de 9 mètres 80 à l'usage de la plaisance.

La pêche à la langouste lointaine, soit sur les côtes africaines est anciennes. Des voiliers Dundees et voiliers mixtes (voile et moteur d'appoint) au début du 20ème siècle font le voyage pour pêcher la langouste verte de surface qui se pêche au filet comme les sardines. Malheureusement, les deux tiers de la pêche reviennent avariés au port après un voyage de 15 à 35 jours selon les vents. Du vivier du bateau, la langouste est transvasée dans un vivier flottant du port avant celui de la criée et celui des différents revendeurs et transporteurs...

Dès que la réfrigération embarquée est au point soit vers 1960, la flotte s'étoffe progressivement alors que la langouste verte se raréfie et "disparaît" en 1969 avec les bateaux qui lui sont dédiés.

Le calcul est vite fait, la rentabilité est possible pour qui investit dans un grand tonnage. La motorisation assure un temps de voyage prévisible. La langouste rose de fond se pêche au casier avec appâts entre 150 et 300m de fond. Elle va représenter l'eldorado provisoire pour 1000 familles de Camaret et de Douarnenez. Certains chalutiers peuvent transporter 20 tonnes de queues de langoustes dans leurs congélateurs, soit 60 tonnes de langoustes pêchées. La congélation des queues correspondait aux pêches d'été. La pêche d'hiver alimentait les viviers du bord et conservait une eau suffisamment froide pour ne pas faire mourir les langoustes. Une dizaine de marins à bord pour deux campagnes de pêche de trois mois en moyenne par an avec pour seul lien terrestre, radio Conquet qui captait les messages rassurants destinés aux familles à terre. Une mane financière non négligeable si d'autres flotilles françaises et étrangères n'avaient pas les mêmes zones de pêche.

La flotte développe deux tendances, l'une entre congélateur et vivier et l'autre purement de congélation, dans les deux cas, le chalutier est équipé d'un sondeur de fond tant les récifs sont nombreux. Les investissements sont plus lourds, les patrons pêcheurs Camarétois ne peuvent plus suivre, ils décrochent à partir de 1966 pour beaucoup, quelques uns vont poursuivre avec des lendemains toujours plus aléatoires. Seules les compagnies de haut rang peuvent assumer des financements toujours plus élevés.

En 1990, les réglementations et décisions politiques donnent le coup de grâce.

Un document PDF détaille la surpêche, l'imbroglio géopolitique auxquels ont été confrontés les Mauritaniens.

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