Le polder de l'Aber - l'histoire des digues

En fond, l'étang d'eau saumâtre de l'Aber. A droite, le four à chaux. Devant, la route-digue dont le premier tracé date de 1860. Devant encore, le polder fait de sable et de végétaux supportant le sel marin jusqu'à un certain point.



Le cœur du polder contenant encore des flaques d'eau de mer. Cette zone est sous le niveau de la mer et s'en trouve envahie par fort coefficient.

La flèche de sable.

L'entrée du polder avec le ruisseau de l'Aber qui à marée basse se jette à la mer. L'herbe constitue la pointe de la flèche qui sépare la mer du polder, une sorte de barrage naturel soumis aux vagues et aux vents.

La hauteur de la flèche devient dérisoire. Un jour de tempête, les déferlantes enjambent l'obstacle provisoire. La plage de l'Aber commence là et se poursuit par du sable fin au-delà.

Le polder de l'Aber est en perpétuelle reconfiguration grâce ou à cause des marées. Les marées aux coefficients les plus élevés grignotent le rideau de dune nommé flèche sablonneuse qui sépare la plage de la zone intérieure qui se situe au-dessous du niveau de la mer. Cette zone est une propriété du conservatoire du littoral avec pour statut particulier celui de site naturel protégé.

Ces terres submersibles furent de toutes les époques un sujet d'appropriations et de projets controversés. Le dernier ouvrage développé est une digue portant le nom de Richet du nom de son concepteur. En 1956, il est décidé de construire deux brise-lames de 40 mètres chacun, par enrochement, accompagnés d'un terre-plein pour que des bateaux de plaisance puissent s'y échouer sans danger. La circulation de l'eau est prévue par une régulation par 6 aqueducs à clapets. Robert Richet obtient la concession en tant qu'ingénieur des travaux publics et met toute son énergie pour faire aboutir les travaux en 1958 pour un budget de 300000frs. La fréquentation par les plaisanciers est mineure, la digue est donc un investissement inutile qui empêche uniquement la mer de se répandre sur une étendue dont elle avait jusqu'ici la jouissance. Cela ne refroidit guère les enthousiasmes et le projet d'un élevage de moules est étudié au début des années 1960. Vers 1970, on envisage un quartier résidentiel sur la flèche de sable si friable ce qui heurte les esprits écologistes de l'époque. Ils parviennent à stopper le bétonnage, on venait de frôler la marina. La digue de Richet est déconstruite en 1981 et la mer recouvre le sable jusqu'à l'ancienne digue de Rozan plus en amont qui elle aussi pourrait en raconter des histoires de projets incongrus.

En remontant le temps, en 1942 l'armée d'occupation allemande souhaite assurer une route stable côtière pour éviter le moindre détour. Au cours des travaux de 1942, des résistants sabotent le chantier qu'une tempête achève promptement. Le projet germanique est modifié.

Plus anciennement encore, un investisseur du nom d'Alavoine achète aux enchères le 13 août 1856 l'ensemble de l'estuaire (aber en breton) et fait construire une digue (1860) par enrochement (dépôt de gros rochers pour faire barrage) équipée d'un pont à trois canaux de décharge avec des clapets. La zone intérieure de l'aber devient un petit étang permettant l'évacuation des trop-pleins d'eau douce venus de l'amont. Les terres bordant cet étang sont marécageuses mais cultivables. La mer n'y a pas accès. Un port de pêche sommaire est développé et aménagé au fil du temps côté maritime de l'aber. On y pratique l'échouement traditionnel.

Auparavant, le propriétaire du four à chaux de la motte de Rozan, Louis Victor Bourrasin, vers 1841, projette une digue équipée d'un moulin à eau pour exploiter la force hydraulique du ruisseau de l'Aber et constituer une réserve à eau générant un débit constant. Pêcheurs et paysans locaux voient tout cela d'un mauvais œil car le propriétaire compte aussi s'approprier des terres cultivables à hauteur de 140 journeaux (environ 140 arpents). L'ensemble prive les pêcheurs d'un accès sérieux à la mer et prive les paysans de bonnes terres. L'entrepreneur laisse filer l'idée dont les premières évocations remontaient déjà à 1834.

Ainsi de toutes les époques, le polder de l'Aber a suscité des ambitions et des calculs humains qui n'ont pas tous abouti. Aujourd'hui la mer gagne du terrain inexorablement. Pour l'instant, la digue route de Rozan tient bon et son pont laisse remonter la mer jusqu'au cœur de l'estuaire là où une faune a installé ses quartiers de reproduction. Oiseaux marins et poissons pour l'essentiel enrichissent les vases, les roselières avec un fort appétit de vie et de liberté. Quand la flèche de sable, ce cordon protecteur fait de dunes cèdera définitivement, la route-digue sera submersible à chaque grande marée. Une mer décidée à reconquérir son aber avec sa patience légendaire...

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