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NOUVELLE :
La Réputation des Femmes et des Demoiselles

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Une Parisienne riche et célèbre, une Bretonne pauvre et inconnue, dotées toutes deux d'une mauvaise réputation, se croisent fortuitement en presqu'île de Crozon. Riche ou pauvre, survivre à sa réputation, il le faut avant tout pour être une demoiselle à l'envi.

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Elisabeth N. 33 ans et toutes ses dents qu'elle a fort belles et pour cause, pas une carie à l'horizon, de la blancheur à tous les niveaux, une nourriture saine, sans sucre et le meilleur spécialiste dentaire de Paris pour veiller à une hygiène buccale irréprochable. Dans la famille cela fait trois générations que l'on a les dents longues et que la réussite sociale est une maladie héréditaire. Belle femme brune aux yeux d'un bleu germanique et d'une taille à l'italienne, elle est le fruit d'un père fortuné capitaine d'industrie et d'une mère méditerranéenne à la féminité débordante et dont les revenus sont purement bancaires et boursiers. Une mère quatre fois plus riche que son époux de mari assoit une autorité de la femme sur l'homme accessoire de mondanité, du moins en apparence, en apparence seulement. Elisabeth avait pris le défaut de sa mère, le mépris. Le mépris des hommes petits, gras et pauvres – le seuil de pauvreté se chiffre à la barre symbolique du million or... Au-dessus, la considération naît naturellement, en dessous, la suffisance fait fuir la considération éventuelle.

Mlle N. est au Grand Hôtel de la Mer qui plonge sur l'anse de Morgat. Voilà un été bien installé, le vent est léger et la mer presque aussi belle que les yeux d'Elisabeth. Dans l'hôtel, on se retourne sur elle, elle s'en irrite parfois mais de passer inaperçue lui est insupportable. 26 robes pour un séjour de 6 jours. Le chiffrage donne un précieux indice quant au degré de futilité de cette Parisienne au long cou mince. Elle avait traversé la province pour venir en repérage immobilier. La famille Peugeot avait créé un lotissement de bord de mer sur des terres agricoles pour que Morgat devienne une station balnéaire : un Deauville exotique. Elisabeth, lors de ses premières promenades sur la rue de la côte avait véritablement eu une impression d'exotisme en rencontrant des femmes locales vêtues de robes uniformes allant du gris bleu, noir à quelques exceptions marron. Une coiffe avec des ailettes étranges, le tout pour pas cher assurément – pas une once de soie pour relever le lainage grossier. Le chat d'Elizabeth en sa demeure parisienne, use d'un coussin de mohair fin autrement plus exigeant que ces fripes populaires... Les hommes déambulent avec des bérets aussi larges que leurs épaules, les vareuses sont manifestement sales avec des couleurs indéfinissables de poissons écrasés, des pantalons de toile trop courts crucifient à jamais l'élégance et les sabots de bois donnent des allures de bétail en transhumance... Oui assurément, Morgat est exotique, il y a même des pluies chaudes qui lavent toute cette crasse à défaut de douche, le fait atmosphérique est une bénédiction pour la salubrité. L’apocalypse se situe sur la place du port, l'odeur de poisson est pestilentielle et interfère sauvagement avec les flagrances Narcisse Noir.

Au jugé qu'elle a de tranchant, Elisabeth N. estime qu'il ne doit pas y avoir beaucoup de différence entre s'aventurer en Afrique pour approcher les peuplades indigènes arriérées et passer des vacances à Morgat au contact d'une populace frustre qui baragouine un dialecte barbare qui rabote les oreilles de la demoiselle du Parc Monceau. A son retour à Paris, elle est sûre de son succès mondain, elle racontera son excursion en territoire primitif. D'ailleurs personne ne la croira tant la pauvreté est incroyable vue d'une bergère Jacob. Lire la suite de la nouvelle

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