Batterie haute de la Pointe des Espagnols 1882 - 1939









Les abris de traverse simples ou doubles sont des constructions sur plan de niveau national. Désormais, s'en est fini des constructions locales sur simple inspiration des ingénieurs de la marine ou du génie, responsables des aménagements côtiers. Les décisions se prennent au Ministère de la Marine et sont valables sur tout le territoire. Ainsi les coûts prévisionnels sont discernables et font moins l'objet de budgets rectificatifs ou d'abandons de projet.

Le terme de traverse correspond aux levées de terre qui entourent les abris et qui absorbent les explosions, les éclats des obus ennemis, ainsi que les tirs en enfilade, de la flotte intrusive. Entre les abris sont insérés, en hauteur, sur plate-forme, les canons qui se voient protégés sur les flancs. Le parapet devant eux protègent leur front.

Ces abris sont des dépôts de munitions non chargées et des abris de personnels. Les munitions sont chargées dans les magasins de poudre sous roc, en profondeur et ressortent réglées par des montes-charges pour être conduites par wagonnets jusqu'aux canons.

Plan d'un abri double de traverse modèle 1871.

Plan du grand magasin des poudres, une soixantaine de mètres de long, un record pour la presqu'île de Crozon qui connaît plusieurs magasins sous roc de taille plus modeste.

La tour modèle de type n°1 a toujours été utilisée par les différents corps d'armée malgré sa conception vite désuette. Elle subsiste encore aujourd'hui.

Le canon de côte de 320 mm ou 32 cm court PA (pivôt antérieur) avec la traverse de son abri sur sa gauche. Orientation pour tir tendu.

A l'extrême pointe, la batterie de 105mm en usage lors de la seconde guerre mondiale. Les "bosses" végétalisées sont les abris de traverse..

L'armement de la Pointe des Espagnols fut une nécessité après l'épisode humiliant pour la France d'une troupe de soldats Espagnols cantonnée à la pointe dans un bastion de fortune et qui résista bien trop longtemps ce qui constitua un sévère camouflet aux défenses côtières de 1594. Vauban qui est en charge de la défense des côtes françaises imagine deux niveaux de défense, l'un au ras de l'eau, la batterie basse, l'autre sur le plateau en haut de la falaise, les batteries hautes. Cet ensemble vient en soutien du dispositif du Portzic (côte brestoise) pour fermer le Goulet. Vauban (planification de 1689-1695) et d'autres ingénieurs imaginent des tours, des accès, des remparts imprenables et lourdement armés qui ne seront jamais élaborés par manque de financement. Batterie basse et batterie haute semblent dans un éternel chantier rarement abouti selon les époques. Vauban fait installé 4 canons de 24 livres de balle et 3 mortiers sur les hauteurs. Au 18ème siècle, l'ère des mortiers voit défiler les premiers armements lourds sans qu'il n'y ait assez d'artilleurs pour les manier.

A la fin du 19ème siècle, les canons sont devenus plus puissants et destructeurs. Le Goulet est truffé de batteries avec un armement conséquent. Tactiquement, nul navire indésirable n'est sensé passer le Goulet sans être coulé, pourtant, si l'artillerie est puissante, les artilleurs ne sont pas à l'abri d'une impuissance tant le blindage des cuirassés s'épaissit, tant les conditions atmosphériques sont parfois déplorables à ne pas y voir à 30 mètres, tant la vitesse des navires est en augmentation constante. En cas de franchissement, la flotte belliqueuse peut rester au mouillage devant Brest et faire feu. Il faut donc prévoir des batteries certes pour le Goulet mais aussi pour couvrir la Rade.

Les travaux de 1882-1883 jusqu'à 1892 pour l'aménagement de cinq batteries munies d'abris de traverse (modèle 1871), de magasins à poudres sous roc (modèle 1874), etc, emploient les civils de Roscanvel qui, en nombre insuffisant, sont renforcés par des familles Bigoudènes (Pays Bigouden – Finistère Sud) qui vont s'installer définitivement. De nouvelles maisons, de nouveaux commerces, de nouvelles écoles, la commune de Roscanvel connaît une animation extrême.

Le résultat est d'ampleur sur le plateau. Les batteries hautes sont fringantes. Côté Goulet, une première batterie avec ses abris, équipée de 4 canons de 24 cm de marine modèle 1870-1884 sur affûts modèle 1876-83 PA (certaines sources mentionnent des modèles 1870-1887 sur affûts de marine modèle 1888 PC). A deux pas, couvrant le Goulet et Brest, une batterie et ses abris, équipée de 3 canons de 32 cm de marine modèle 1870-1881 sur affûts modèle 1876-83 PA.

A l'intérieur du réduit de 1795, un mur rempart avec douve, une batterie et ses abris, équipée de 3 canons de 32 cm de marine modèle 1870-1881 sur affûts modèle 1876-83 PA est orientée vers le cœur de la rade, Plougastel...

Enfin deux batteries accolées couvrent le fond de la rade. Une batterie avec ses abris, équipée de 4 canons de 24 cm de marine modèle 1870-1884 sur affûts modèle 1876-83 PA orientée vers Lanvéoc. Une batterie avec ses abris, équipée de 4 canons de 19 cm de marine modèle 1875-1876 sur affûts PA (certaines sources mentionnent un modèle 1864-1870) orientée vers l'île Longue, L'île de Trébéron....

Une puissance de feu impressionnante, malcommode, lente, imprécise qui est dans l'incapacité de suivre le mouvement d'un navire en marche à pleine vitesse. La batterie de 1ère classe de la pointe des Espagnols se voit reléguée en batterie d'appoint. Le désarmement commence en 1904 par la suspension d'une batterie de 24 cm, puis ce sera au tour d'une batterie de 32 cm et celle de 19cm d'être désarmées... Si le bâti subsiste et ne sert plus à grand chose, la génération des canons à tirs rapides de moindre calibre nécessite de nouveaux travaux... Le chantier reprend, on installe 4 canons de 100mm TR modèle 1897 sur affût 1897 en 1913. En 1939, il ne subsiste plus que 3 canons de 105mm TR modèle 1897 en situation de réserve. Ces derniers canons sont en réalité des 100mm réalésés. Ils disposent de 360° d'angle de tir et sont disposés pour des tirs antiaériens car l'aviation entre en jeu désormais.

La batterie haute de la Pointe des Espagnols va reprendre une dernière fois du service sous l'occupation allemande. Aujourd'hui, la végétation a envahi le site qui est difficilement compréhensible. Seuls des indices sont visibles avec une vue imprenable sur le port de Brest, la rade...

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