Manœuvres navales : l'arrivée de la téléphonie dans les postes d'observation

Les manœuvres militaires d'août 1898, mettent en jeu la capacité de défense de Brest dans de supposées conditions réelles. La présence du ministre de la Marine Mr Lockroy donne plus d'ampleur à l'exhibition de la Marine et de l'artillerie de côte. Cette dernière teste de nouveaux télémètres qui remplacent les télémètres Audouard mais aussi, pour la première fois, des communications téléphoniques entres les postes d'observation (neufs ou rénovés en ce qui concerne les anciens postes Audouard) et les batteries côtières. La démonstration minutieusement décrite par les journalistes de Paris et de la région qui furent invités à suivre ce qui devait être une démonstration de force dont rêvait le ministre, laisse à penser que le dispositif de défense côtière récemment modernisé est opérationnel jusqu'à un certain point. Plusieurs voix discordantes distillent des critiques incontournables.

En effet, dans la réalité, la démonstration est écourtée. L'armée n'a pas suffisamment d'artilleurs pour animer tous les canons. L'encadrement est insuffisant et inexpérimenté face à l'usage des nouveaux moyens de communication. Téléphoner c'est bien, mais à qui ? Le commandement de la région militaire est disparate. La coordination entre les armes n'existe pas. Et pour parachever la débâcle, le ministre s'est profondément ennuyé dans un train inconfortable sans possibilité de pouvoir se rafraîchir. Arrivant à Brest de fort mauvaise humeur, le Maire de la Ville lui enjoint d'activer le dédoublement de la ligne de chemin-de-fer qui permettrait de gagner au moins trois heures de voyage car les trains ne pouvant se croiser, des attentes en gare sont répétitives. Pire encore, le Ministre de la Marine a le mal de mer, le suivi des opérations est modifié, l'homme d'Etat en piteux état fait une pause imprévue à Morgat au Grand Hôtel Pia... La fin de son voyage (le 7) s'achève par une manifestation des pêcheurs de sardines à Douarnenez qui s'inquiètent de la concurrence de la sardine portugaise et espagnole...

Au regard de l'histoire, le plus hilarant ou navrant de ces journées approximatives est que des observateurs militaires Allemands, invités par la France assistent aux manoeuvres en toute amitié car en 1898, le seul ennemi de la France est l'Angleterre.

Ci-dessous un condensé des manœuvres publié dans le quotidien « L'étoile de la Mer ».

La journée d’hier était la grande journée et cependant elle ne peut se raconter bien longuement, puisque les deux exercices qui en faisaient toute l’attraction ont été très brefs eux-mêmes et n’ont consisté, pour les profanes, qu’en un spectacle mystérieux, un étonnement des oreilles et des yeux. Nous avons pu noter hier, avant de tirer le journal, le départ de l’escadre pour le large. Une foule énorme y assistait, du cours Dajot. Il était 3 h. 1/2. Jusqu’à ce moment, la seconde journée de la visite du ministre n’avait rien offert au public. Les journalistes seuls, — qui sont venus de Paris, dit l’un d’eux, comme pour un voyage du Président de la République, — étaient, depuis le matin, en voyage d’instruction, — ou de leçon, plutôt — tout le long des ouvrages de la rade. C’est que les manœuvres de ces jours-ci ont un but, qui n’est pas de donner un grand spectacle, ni de faire une belle manifestation, ni uniquement d’exercer des canonniers. Il s’agit d’amener les pouvoirs publics à prendre une détermination importante et l’on ne cherche point à cacher qu’il est besoin pour cela d'y intéresser toute la presse. Aussi les explications données, au cours de la promenade d’hier, aux représentants de la presse, par M. le commandant Prud'homme, n’étaient-elles que le développement de ce que nous avons dit ici, à l’occasion d’un toast de M. l'amiral Fournier (septembre 1897- octobre 1898, Préfet maritime à Brest) : qu’il est nécessaire et urgent, d’abord de trouver un mode de recrutement pour remplir les cadres des troupes maritimes de la défense des côtes, ensuite de trancher de quelque manière le problème du commandement, tant au point de vue de la préparation que de l’exécution, de la défense des côtes. L’envoyé du Petit Journal écrit, à propos des superbes batteries que les passagers du Menhir voyaient tout le long de la côte : Ce qui manque, on nous l'a déjà dit, ce sont des hommes pour les servir. Il y a trois cents pièces autour de la rade; soixante seulement pourront être actionnées aujourd'hui, et pour arriver à ce m aigre résultat on a employé tous les marsouins disponibles et on les a pour la circonstance transformés en artilleu rs. Ce qui est grave, c 'est que cela se passerait ainsi. On ne cesse de nous le faire remarquer, pour que nous le répétions bien haut : Brest n’est p as à l'abri d’un coup de main. Cette note est plus juste sans doute que celle qu’aurait donné le principal représentant de la presse parisienne, M. Rousseau, du Temps, qui, à l’issue du déjeuner de Camaret, aurait dit, en remerciant le commandant Prudhomme : « Les journalistes ont profité de tout ce qu’ils ont vu, mais ils sont assez patriotes pour taire ce qui ne doit pas être divulgué. » Que les représentants de la presse soient assurés qu’on ne les a initiés à aucun secret : ils peuvent parler sans scrupule du nombre et de la disposition des batteries, des pièces en casemate, et même expliquer le principe du télémètre. Cela ne compromettra en rien la défense nationale. C'est l’abécédaire de ce que tous les Français devraient connaître. Mais on leur demande surtout de dire bien haut que les troupes de terre de la marine n’existent pour ainsi dire pas ; que l’autorité, en ce qui concerne les secteurs de la défense des côtes, est compliquée et divisée ; qu’une place comme Brest, depuis que l’Anglais est redevenu l’ennemi, et même l’ennemi principal, devrait être remplie et entourée de défense comme une place de l’Est ; qu’il devrait y avoir, sous un commandement unique, une force considérable de fantassins et d’artillerie de campagne en même temps que d’artillerie de forteresse. Quoi qu’il en soit, les journalistes ont fait un voyage des plus agréables. M. le commandant Prudhomme, officier breveté d’état-major, aide de camp de M. le Préfet maritime, est, en même temps qu’un homme très distingué, un officier de haute valeur et qui a le don d’exposer avec clarté les choses dont il s’occupe. Après avoir longé tous les ouvrages de la côte sud de la rade, le Menhir a débarqué les journalistes à Camaret, où les attendait un déjeuner offert par M. le Préfet maritime. M. Lockroy, qui, dit-on, n ’a pas le cœur très solide en mer, n’avait pas dépassé le goulet. Le Cassini l’avait débarqué à Roscanvel, d’où il est allé déjeuner à Morgat. Revenu au Fret, il a été transporté aux Quatre-Pompes, d’où il s’est rendu au Minou. Le Menhir est reparti de Camaret à 3 h. 20, attendant l’escadre. Le Laborieux avait appareillé de son côté ayant à bord les invités du ministre.

Il y avait foule sur le cours d’Ajot et à Sainte-Anne aux environs de 5 heures. Une centaine de personnes s’étaient rendues sur les falaises du Minou. C’était le rendez-vous aristocratique et jamais tant de voitures ne furent réunies en cet endroit. Le meilleur poste d’observation était évidemment celui que l’autorité maritime elle-même avait choisi pour le ministre : au sémaphore du Minou. Là se trouvaient M..Lockroy, en veston et chapeau Cronstadt, une fleur à la boutonnière, l’amiral Fournier, l’amiral de Bausset, le général Dodds, etc... Mme et Mlles Fournier et quelques autres dames. Et c’était un contraste très suggestif d’impressions que celui de cette reunion mondaine et gaie et de la terrible entrée de ces deux colonnes de navires au milieu du fracas et de la fumée des canons. Mais laissons de côté les tableaux et même les croquis, et puisque, d’ailleurs, n’étant point militaire, nous n’avons trouvé dans ce spectacle incomparable que des émotions, bornons-nous à dire simplement les choses. L’escadre s’engage dans la passe sud et gagne le large à une allure modérée. A 5 h. 1/2, elle fait route au nord, puis se forme sur deux files : au nord, Masséna, Amiral-Tréhouart, Valmy, Dupuy de-Lôme et Surcouf; au sud, Bouvines, Jemmapes, Pothuau, Catinat et Epervier. Elle s’avance aussitôt dans le goulet à une vitesse de 12 nœuds. A 5 h. 40, les premiers coups de canon éclatent à Bertheaume, cinq minutes après Toulbroc’h, puis, en face, Toulinguet, tonnent aussi. Le Masséna et l'Amiral-Tréhouart ripostent alors, puis les autres navires au fur et à mesure qu’ils découvrent les batteries des deux côtés du goulet. Bientôt, le Masséna et le Bouvines arrivent à portée des canons du Minou et de la presqu’île de Roscanvel. La bataille alors bat son plein, et continuera ainsi jusqu’à l’entrée en rade de l’escadre, qui s’avance majestueusement, ripostant avec vigueur aux forts qui l’accablent des deux côtés. A 7 h 1/2, l’escadre, moins le Surcouf et l’Epervier repasse le Minou, regagnant le large pour l’exercice de nuit. Elle défilait par la passe Nord et dans l’ordre suivant : Masséna, Théhouart, Valmy, Dupuy de-Lôme, Bouvines, Jemmapes, Pothuau, Catinat. Dès 9 heures les projecteurs du goulet fouillent l’horizon. A 9 h. 30, le Masséna est découvert au large de Bertheaume. Un projecteur éclaire, le désignant aux coups des premiers forts, qui ouvrent aussitôt un feu nourri. L’escadre s’avance à une faible vitesse assez près de la côte nord, ripostant de toutes ses pièces aux batteries de terre. En face du Minou, le Masséna, toujours en tête, modère encore sa vitesse, et s’acharne contre ce fort ; les éclairs des canons s’entrecroisent tandis qu’une épaisse ftimée enveloppe bateaux et forts. Le spectacle est grandiose, et l’on ne peut s’empêcher de frémir à la pensée de l’effroyable carnage qu’occasionnerait, en réalité, l’engagement figuré. Il est plus de 11 heures quand l’escadre, ayant doublé le Portzic et la pointe Espagnole, les canons se taisent. La manœuvre est finie. Le ministre rentrait à la préfecture à minuit.

Au sujet des deux exercices d'hier nous recevons la communication suivante : Les méridiens du Portzic et de la pointe Espagnole doublés, les bâtiments ont cessé le feu, réduit leur vitesse à 8 nœuds. La l ère division, après avoir continué sa route pendant un mille, a tourné lentement sur la droite par la contre-marche pour sortir de la rade en suivant la passe nord du Goulet. Le Bouvines et la seconde division arrondissaient pendant ce temps une courbe dans la baie de Roscanvel pour venir se ranger à son tour dans les eaux de la l re division. Pour le forcement de nuit, la vitesse a été fixée à 8 nœuds. L’escadre s’est présentée dans la passe Nord en ligne de file, à intervalle de 400 mètres dans l’ordre suivant : Masséna, Amiral-Tréhouart, Valmy, Bouvines, Jemmapes, Dupuy-de-Lôme, Pothuau, Catinat. Le Dupuy-de-Lôme avait quitté son poste de route entre le Valmy et le Bouvines pour s’intercaler entre le Jemmapes et le Pothuau On a voulu, avec raison, que les bâtiments les mieux défendus fussent les premiers à affronter le feu des batteries. L’escadre a repris ses corps-morts rapidement et dans le plus grand ordre. De très utiles indications ressortent dès à présent de cette première partie des manœuvres, surtout au point de vue de la défense, de l’éclairage des passes, du nombre de canonniers nécessaire, etc.... Les chefs militaires sauront en tirer des conclusions utiles.



La défense côtière avant 1939

Cam 59

Lunette à micromètre G de côte

Télémètre Audouard

Bataille de Trez Rouz

Milice garde-côte

Batteries : Basse de Cornouaille - Batterie de Beaufort - Haute de Cornouaille - Trez Rouz - Capucins - Kerbonn + projecteur - Kerviniou - Pen-Hir - Tremet - Ty-Du - Stiff - Haute Pointe des Espagnols - Petit Gouin - Sud des Capucins - Batteries hautes des Capucins - Batterie de rupture ou bombardement - Batteries haute et basse du Kador (Beg ar Gador - Morgat) - Rouvalour - Batteries Est de Roscanvel - Batterie du Run / Pont-Scorff - Batterie de l'île de l'Aber

Cabines téléphoniques de batterie

Camp Sanitaire des Capucins

Casernement de la Pointe des Espagnols

Fortifications de la Pointe des Espagnols

Casernement de Kerlaër

Casernement de Lagatjar

Ile Trébéron et île aux Morts

Circulaire du 31 juillet 1846

Corps de Garde 1846 : Aber - Camaret - Kador - Postolonnec - Roscanvel - Rulianec

Loi de déclassement des corps de garde 1846

Loi du 17 juillet 1874 - système Séré de Rivières

Réduit de Kerbonn

Tours modèle 1811

Borne

Chemins de service

Créneau à lampe

Créneau de tir

Réduit de Quélern

Les forts : Fraternité - Landaoudec - Lanvéoc - Toulinguet - Crozon

Caponnière

Fort Robert

Ilot du Diable

Lignes de Quélern Ouest

Mât à pavillon

Niche pareclats

Pointe des Espagnols - Ligue

Postes de Douane

Poste d'inflammation des torpilles

Poudrière de Quelern

Sémaphore

Station TSF Roscanvel

Repère d'Entrée de Port R.E.P.

Canon de 47mm TR Mle 1885-85

Canon de 65mm TR Mle 1888-91

Canon de 75mm Mle 1908

Canon de 95mm Lahitolle Mle 1888

Canon de 100mm TR

Canon de 32 cm Mle 1870-84

Canons de siège et place

Histoire et évolution des calibres des canons

Four à boulets

Abri du champ de tir de l'Anse de Dinan

Les pierres de guerre

Les boulets

La poudre B

Tir à ricochets

Munition calibre 12.7mm SF

L'arrivée de la téléphonie dans les postes d'observation

Les Ancres de Roscanvel

Flotte Tardieu

Corvette Chevrette

Garde-pêche

Motte féodale de Rozan

Château-fort de Castel bihan Poulmic

La ligne d'artillerie terrestre de 1914

Les piliers des terrains militaires

Sous-marin Nautilus de Robert Fulton

1404 la chute de l'Anglais à Lam Saoz

La défense antiaérienne avant 1939

Position de DCA en presqu'île avant 1939

Batterie de DCA de Kerguiridic

Projecteur et écoute de Pen ar Vir

Projecteur et écoute du Grand Gouin

Station d'écoute aérienne de Messibioc

Autres positions françaises de projecteurs

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BUNKERS - MUR DE L'ATLANTIQUE 1940-1944

APRES 1945

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